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21 juin 2002 - n°180 et 181


La vie est
un jardin !
La
couverture le séduit et la photo de Gertrud Franck, une jardinière
suisse, linterpelle par son humilité. Le livre est beau, pense
Didier Monseur. Alors, il lachète ! En déposant largent
sur le comptoir de cette grande surface de Bruxelles, il ignore totalement quun
changement radical samorce dans sa vie.
Didier est chauffagiste indépendant
et mène une vie de fou. Un jour, cest la catastrophe, il se réveille
à lhôpital et se demande franchement sil va sen
sortir. Au fil des heures qui passent, il pose un autre regard sur lexistence,
se définit de nouvelles valeurs.
Afin doublier le surmenage,
il travaille pendant deux ans pour un patron et séloigne de la
capitale, acquiert une ferme près de Hannut. Il rencontre Isabelle, infirmière
à Erasme, qui a choisi de réduire son temps de travail pour faire
de la poterie afin de décompresser. En 1996, ils se fixent lobjectif
daller vivre au sud de la Meuse, en autarcie. Cest ainsi quils
se retrouvent à Vaux-sur-Sûre, à trois ou quatre encablures
de la scierie Louis.
Quand ils prennent possession
de leur nouvelle bâtisse, lherbe qui lentoure est haute. Tout
naturellement, ils sadressent à leur voisin agriculteur, lui demandent
sil peut la faucher. Ils concluent un marché. Ils partageront le
foin en deux et Didier donnera un coup de main pour charger les ballots. Une
histoire damitié commence. Le village adopte le couple.
Didier
a toujours son livre de jardinage, quil partage à présent
avec Isabelle. Gertrud Franck, lauteur de la méthode de culture,
est une dame allemande qui a longuement observé la nature. Elle a remarqué
que les plantes ne vivent jamais seules mais toujours en association avec quatre
ou cinq autres, et en général les mêmes. De plus, jamais
un terrain ne reste à nu. De là sont nées les deux idées
maîtresses : cultiver les légumes en association et veiller à
ce que le sol soit toujours couvert. Elle a essayé toutes sortes dassociations
de légumes et plantes aromatiques, de fleurs et elle a observé.
Certains légumes bénéficient de la proximité de
certains autres : les carottes et les oignons, les laitues et les haricots à
rames, etc. Dautres associations sont néfastes : les concombres
avec les radis, lail avec les petits pois. Mais ce qui constitue son originalité,
cest despacer tous les rangs de vingt-cinq centimètres. A
chaque ligne correspond un bâtonnet planté dans la terre. Une ligne
sur deux est cultivée dépinards quon ne mangera pas
et les autres lignes accueilleront les légumes destinés à
la consommation. Pour ces derniers, Isabelle explique quils cultivent
par exemple une ligne dombellifères, une ligne dépinards,
une de composées, une dépinards,
Mais de toute
façon, continue-t-elle, ici en Ardenne, on doit sadapter par rapport
aux autres régions. Le climat impose de cultiver tout en même temps.
La première année que nous sommes arrivés ici, nous avions
mis les concombres en pleine terre ! Maintenant, nous utilisons la serre dans
laquelle il y a aussi des tomates, associées à du basilic. Ce
qui va bien en culture, mais aussi dans lassiette. En plus, nous cultivons
avec la lune quand la météo le permet. Un calendrier lunaire nous
indique les jours favorables aux légumes feuilles, fruits, etc.
Lart dassocier,
dalterner et de nourrir la terre.
Avec cette façon de cultiver,
le jardinier décide dun plan et il note ce quil sème
ou plante. La saison suivante, il garde le même plan, mais décale
tout dune ligne, les petits bâtons servent de repères. Ainsi
de suite. Dans une ligne, les légumes sont associés. Une alternance
racine et légume à feuilles permet à lun de se développer
dans la terre pendant que lautre croît hors du sol. Par exemple,
lodeur de loignon éloigne la mouche de la carotte pendant
que celle des carottes éloigne la mouche de loignon. Les rangs
dépinards, au système de racines très touffu, servent
de neutralisants et dengrais vert.
Après quelques années,
le rendement du potager, qui est copieusement enrichi de compost, augmente de
manière spectaculaire. Les petites surfaces utilisées en culture
dIsabelle et Didier produisent suffisamment pour les nourrir toute lannée,
ainsi que la petite Justine (qui est née à la maison !).
Cette production doit évidemment
être conditionnée pour boucler lannée. Avec le temps,
Isabelle est devenue une pro en la matière. Les choux, les
navets, les côtes de bettes sont conservés par lacto-fermentation.
Les pommes de terre sont gardées en cave, les haricots en bouteilles.
De nombreux légumes sont cuits sur la cuisinière à bois
et pasteurisés, ou tout simplement séchés. Isabelle prépare
aussi des chutneys de tomates vertes.
Une chose qui était
un peu difficile au début, ajoute Isabelle, cétait de planifier
la consommation des produits
pour ne pas avoir que des carottes à manger en fin dhiver !
La
famille ne vit pas que de légumes, des cochons viennent apporter leur
part de protéines. Ils élèvent aussi quelques poules et
des moutons. Deux vaches donnent du lait qui permet de fabriquer un excellent
fromage. Pour ça, nous avons suivi un atelier fromages,
précise Didier, parce quil y avait des détails que nous
ne connaissions pas. Nous faisons également, notre pain au levain. Nous
achetons de lépeautre et nous broyons notre farine avec notre moulin
à pierres. Jai aussi appris à produire du vin de pommes.
En fait, cest une dame chez qui je suis allé réparer la
chaudière qui ma indiqué comment procéder. Quand
jétais allé manger chez elle, javais été
frappé par un détail : tout ce qui était sur la table pour
souper était produit par elle. Aujourdhui, nous pouvons dire la
même chose. Nous produisons tout, même la vaisselle ! Cest
Isabelle qui a fait les tasses de ses mains à latelier de poterie.
Je trouve que cest une qualité de vie extraordinaire. Nous vivons
ce que nous avons choisi.
Didier montre encore une fois son livre de jardinage. La photo de Gertrud Franck
lui donne toujours cette impression de paix.
B. H.
Isabelle et Didier Monseur ont
ouvert leurs jardins, en synergie avec la section Aubépine de Nature
et Progrès, le dimanche 2 juin pour des explications sur la préparation
du sol, les amendements, les semis, les rotations et les associations végétales.
Le dimanche 4 août, ils donneront un exposé sur lentretien
des cultures en cours de croissance et un atelier conserves. Le dimanche 22
septembre, un atelier de compostage pratique. Renseignements : 061 266 721.
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