29 octobre 1999 - n°133

Chronique du 800e anniversaire de Neufchâteau

L’époque romaine (XI)

La conquête

Bouteille et aryballe retrouvées intactes à RespeltD’origine celtique, les Gaulois et les Belges ne formaient pas une grande nation, mais une juxtaposition de petites tributs placées chacune sous l’autorité d’un chef élu. Commencée en 58 avant J.-C., la conquête romaine devra faire face à de nombreuses révoltes qui vont durer une vingtaine d’années.

La romanisation

Il faut attendre le milieu du premier siècle pour voir apparaître concrètement le changement de culture, plus tard encore en Ardenne. Contrairement à ce que racontent encore certains historiens, la chaussée romaine Reims - Cologne ne passait pas par Pin - Izel, Straimont et Longlier, elle passait plus au nord par Sugny, Neuvillers, Sainte-Marie-Chevigny, Laneuville et Bastogne. La colonisation intensive de nos régions s’est arrêtée suivant une ligne passant par Hatrival, Sainte-Marie-Chevigny, Longlier, Witry et Anlier. Au-delà de cette ligne, quelques vestiges peu importants ont été découverts à Nivelet, à Mon-Idée, à Grapfontaine et à Cugnon.

Sainte-Marie-Chevigny était un petit relais routier de la chaussée. Si les villas de Bras et de Longlier avaient une certaine importance, celle des " Mairies " à Ebly ne possédait que deux pièces, dont une chauffée par hypocauste (système de chauffage sous le pavement). A côté du vaste cimetière de Remagne (quelque 169 tombes à incinération), la plupart des autres ne comportaient qu’une vingtaine de tombes. Les bouteilles et fioles en verre retrouvées dans le petit cimetière de Respelt témoignent d’un certain luxe. A côté du cimetière des " Mairies " à Ebly existaient quelques tombelles contemporaines. Le centre de la grande tombelle celtique de Sberchamps a même été ouvert afin d’y enfouir un petit dépôt cultuel.

Au sud de Grapfontaine, une bague en or a été retrouvée dans un marécage, elle portait comme chaton une intaille romaine. Décorée en creux, cette sorte d’agate bicolore est la plus belle intaille découverte en Belgique. La présence d’une telle pièce dans une région à peine fréquentée par quelques bûcherons ne peut guère être fort ancienne.

Les temples romains

Pour pouvoir subsister, les anciens lieux sacrés ont dû être matérialisés par des constructions en pierre. Consacré à Entarabus, Foy-Noville a eu droit à deux temples. Une statuette en bronze de ce dieu trévire y a été découverte en 1862, de même qu’une dédicace inscrite dans la pierre. Après la terrible bataille de Bastogne en 1944, il est étrange de constater que les corps des combattants allemands ont été rassemblés à Recogne, en face de l’ancien temple d’Entrabus, celui-ci ayant été assimilé par les Romains à Mars, leur dieu de la guerre.

Les différentes étapes de la piste d’Arduina et de celle d’Entarabus sont alors marquées au troisième quart du trajet par un temple, celui de Saint-Martin de Tavigny, entre Malmédy et Foy-Noville, celui de Hives qu’il reste encore à retrouver entre Malmédy et Amberloup, celui de Pin-Izel, entre Amberloup et Mont Saint-Walfroy, et où arrivait la piste venant de Foy-Noville, enfin, celui d’Echternach, entre Foy-Noville et Trèves. Avec leur triple enceinte, ces temples du type " fanum " étaient de pure tradition celtique.

Les colonnes de la Tradition

Les anciens druides ayant disparu, au cours du Ier siècle apparaissait un étrange monument, la colonne au dieu cavalier Jupiter. Restant une énigme absolue pour les archéologues, ces colonnes de la Tradition étaient en fait un condensé de la philosophie celtique, soigneusement dissimulé sous un décor architectural pseudo-romain (Jupiter n’ayant jamais eu de cheval).

L’ancienne axiale de Trèves qui était jalonnée de menhirs est alors rejalonnée par ces colonnes (la base de celle d’Amberloup est conservée au musée de Luxembourg). Cette axiale est recoupée à Fontaine-Valmont par l’axiale Arlon-Tournai, cette dernière est par ailleurs plus directement reliée à Trèves via Vichten et Tournay. Carrefour vers Trèves, entre Arlon et Tournai, notre Tournay devait également posséder sa colonne de la Tradition.

Le Bas-Empire

L'intaille de Grapfontaine, 15 mm pour son grand diamètreA la suite des crises économiques et politiques, de l’anarchie militaire et des grandes invasions de la seconde moitié du IIIe siècle, notre région est -plus que d’autres- pratiquement désertée, toutes les villas étant abandonnées. Le pouvoir central s’étant réorganisé et Trèves étant devenu capitale impériale depuis 285, les empereurs viennent à la chasse dans leur immense villa aménagée à Moyen-Izel. Placée près du temple de Pin-Izel, elle se trouvait sous la double protection d’Arduina et d’Entarabus. Cette luxueuse villa était cependant protégée par une série de fortifications s’échelonnant sur un front de 30 km. Celles-ci étaient gardées par des Lètes, des paysans soldats d’origine germanique placés sous l’autorité d’un préfet spécialement installé à Ivoix (actuellement Carignan).

Beaucoup de villas étant abandonnées en Gaume, d’autres Lètes allaient fortifier les ruines de celle de " Mageroy " à Habay-la-Vieille où leur principale mission était d’y cultiver le blé qui manquait cruellement. Après avoir été traité dans deux séchoirs, le blé y était stocké dans une puissante tour en pierre, une espèce de donjon construit au centre de l’ancienne villa transformée en véritable forteresse. Suivant leur coutume ancestrale (que nous retrouverons à l’époque mérovingienne), ces Lètes n’habitaient pas dans les murs calcinés de la villa, mais dans de petites constructions en bois et en torchis établies le long du ruisseau, à quelques mètres des ruines.

La nouvelle piste d’Arduina

A partir d’Amberloup, l’ancienne piste de la dorsale d’Arduina est déviée vers l’est au Bas-Empire afin de contourner le château Renaud de Virton. Cette fortification occupée en permanence jusqu’au début du Ve siècle se trouvait près du carrefour de " Croix Rouge ", elle était la première du système de défense de la villa de Moyen-Izel. Afin de ne pas déranger le gibier de la cour impériale, les pèlerins étaient obligés de faire un détour de 14 km, à l’aller comme au retour.

Nous verrons prochainement l’extraordinaire exploit de Saint Walfroy.

Henri GRATIA

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