Sommaire n°332 - 7 février 2008

Couverture
 
Fifine et l'info

 

L'équipe du Télévie
 Pour la quatrième année consécutive, la soirée Télévie organisée à Neufchâteau, au Centre du Lac, a rencontré un vif succès. Salle comble pour les deux représentations théâtrales de la troupe de RTL-TVI qui présentait Tout bascule. Les bénévoles espèrent pouvoir verser près de 12 000 euros !

Agenda

 Repas Croix-Rouge
Samedi 23 février à 19 h 30 au restaurant de l’Athénée royal, place de l’Hôtel de ville à Neufchâteau.
Repas annuel de la section locale ­Neufchâtau-Léglise.
Menu à 20 € à réserver avant le 12 février par téléphone : I. Borceux 061 27 71 90,
B Hoffman 063 42 28 93,
J. Roiseux 063 43 34 52.
Inscription effective après versement sur le cpte 000-0924171-52.

 Frontière de vie
Au cœur de la forêt amazonienne, les Indiens Kichwa de Sarayaku résistent de manière pacifique aux compagnies pétrolières.
Présentation de deux films
au Centre culturel de Libramont
le jeudi 13 mars à 20 h 15.

 Les ardoisières de l’Ardenne belge
Une étude très complète sur nos ardoisières, leur intérêt biologique et un état des lieux précis des sites en surface vient d’être publiée
par Annie Remacle.
Info : Faculté univ. de Gembloux
081 62 22 87.

 Soirée contée
Envie de conter ? Soirée carte blanche à la Ferme des Sanglochons
le vendredi 15 février.
Réservation : 061 22 22 33.

 Au Val d’eau
Ouverture de la saison théâtrale ce samedi 16 février à 20 h par la troupe Le p’tit théâtre entre nous de Virton. Rendez-vous suivant avec la troupe Les Chochottes de Suxy,
le samedi 23 février à 20 h 30.

Du rideau…

« Résiste et mords », qu’ils disaient.
À une autre échelle que nos vaillants Chasseurs ardennais, votre quatorzenier a tenté de résister, mais a finalement été obligé lui aussi de plier, après 332 parutions. Notre éditeur responsable vous donne les détails par ailleurs dans ce magazine.
L’info de l’Ardenne centrale était pour beaucoup d’entre nous bien plus qu’une « gazette de publicités » : une véritable mine d’informations et de connaissances diverses de notre terroir. C’était son originalité et son but premier. Beaucoup consultaient l’agenda et étaient à l’affût des organisations annoncées.
Merci à Olivier d’avoir contribué à mieux (nous) faire connaître notre Centre-Ardenne, sous tous ses aspects.
Fifine va pouvoir s’occuper de Léon, et nous relèverons d’autres défis.
Quant à moi, c’était ma dernière séquence, c’était ma dernière séance, et le rideau sur L’info est tombé.

Et avec ça, une bonne suite à toutes et à tous. Et quoi que vous fassiez, faites-le bien.

332e et dernier numéro !

Toutes les histoires ont un commencement et une fin. Celle de L’info trouve son épilogue ce 7 février 2008. Presque vingt-deux ans après le premier numéro, Olivier Weyrich explique le choix difficile qu’il a fait.

 

Olivier Weyrich
 

 

- L’info de l’Ardenne centrale arrête sa parution après 332 numéros. Quelles en sont les raisons principales?
Les coûts du papier n’ont fait que croître ces dernières années, comme le coût de la distribution postale. Aujourd’hui s’ajoutent encore de nouvelles taxes communales sur les imprimés ; elles n’existaient pas il y a deux ans. Par ailleurs, il faut aussi prendre en compte la disparition lente mais bien réelle des commerces de proximité. Résultat : l’écart entre les recettes, produit de la publicité, et les dépenses liées à la seule production du journal, n’a fait que s’amoindrir.

- Pour conserver la revue, n’y avait-il pas moyen de modifier certaines données (aire de diffusion, format, nombre de pages, quantité de publicités…) ?
- Si, bien sûr. On pouvait imaginer changer le format, limiter le tirage, réduire la zone de diffusion, mais cela n’aurait plus été le journal régional que l’on avait inventé. La recette de L’info, c’était un équilibre entre le rédactionnel et l’espace cédé à la publicité. La formule tenait à la qualité de son contenu autant qu’au format et au nombre de pages. Pour sauver L’info, il faut bien plus que modifier le format.  

- La diminution du nombre de commerces indépendants semble être un facteur déterminant?
Clairement, oui ! C’est un facteur décisif. En vingt ans, le paysage commercial de notre région a fort changé. Que l’on apprécie ou non la perte de proximité des commerces, c’est une réalité qui s’impose à tous. La « publicité sponsoring » comme on l’a connue il y a vingt ans d’ici est en train de disparaître. Même si nous ne faisions pas appel au sponsoring, mais plutôt à une certaine sensibilité des commerçants de la région attentifs à entretenir la solidarité locale, la concurrence est un facteur dont je dois tenir compte. Certains préfèrent mettre leur publicité dans des journaux à fort tirage même si je doute du taux de pénétration. Tout le monde lisait L’info, c’est incontestable. Nous avions un lectorat impressionnant, mais les annonceurs ont sans doute le sentiment de toucher plus de monde quand un journal de pub tire à trente mille exemplaires.

- Avez-vous envisagé la vente au numéro et/ou par abonnement?
- J’ai étudié différentes idées dont celle de lancer une formule d’abonnement, mais c’est à mon sens perdre l’âme que nous ­avions donnée à notre journal toutes-boîtes. Le problème dans une formule d’abonnement, c’est qu’elle doit connaître un succès immédiat pour être financièrement viable. Or il faut du temps pour imposer un périodique. La prise de risque est très importante.

- L’info de l’Ardenne centrale était le seul magazine d’informations dans le Centre-Ardenne, et il disparaît. Est-ce à dire que seuls les « toutes-boîtes » publicitaires peuvent (sur)vivre?
- Ils sont viables pour quelques années encore, c’est certain. Mais tous les journaux, en particulier les quotidiens, ceux qui font de l’information, sont menacés. Lirons-nous encore longtemps notre journal comme on le lit chaque matin ? J’en doute sérieusement. Internet est un facteur de changements importants. Voyez la révolution menée grâce à la technologie numérique. En dix ans, tout a changé. Aujourd’hui, la couleur est accessible à tous grâce à un simple photocopieur !
 
- Peut-on imaginer un jour un successeur à L’info ?
- Pourquoi pas. Mais c’est se tromper de croire que l’on peut encore éditer un journal comme celui-là durant vingt ans. Je pense qu’il faut surtout repenser l’idée d’un média régional. Quelle que soit sa forme, il sera fort utile. Les besoins sont bien réels. Ce que l’on va regretter c’est la force de frappe de L’info car il entrait dans toutes les maisons.

Vingt ans de reportage, vingt ans d’amitié

Trois cents trente-deux numéros, cela représente plus de vingt centimètres de journaux empilés, mais surtout de belles amitiés, de très nombreuses rencontres et de superbes découvertes.

Ma plus grande satisfaction ce n’est pas d’avoir publié plus de trois cents numéros, c’est d’avoir toujours été à l’heure. L’imprimeur peut en témoigner, chaque lundi midi, le journal était prêt à être imprimé. Toute l’équipe avait fait le forcing durant le week-end pour relever ce défi qui ne cessait de se répéter. Être à l’heure, c’est respecter ses lecteurs et ses annonceurs. Pour moi, c’était une question de principe, et c’est sans doute un des ingrédients qui ont fait la réputation de ce journal.

Chronique d’une mort annoncée

Toute la presse belge était envahie. Toute ? Non. Un des derniers îlots d’insurgés résistait aux sirènes voraces des groupes publicitaires, aux sujets people, aux égorgeurs d’articles de fonds.
Par Toutatis, la bataille était rude mais d’autant plus belle. Il fallait monter au front, éviter le marronnier annuel, encourager l’initiative nouvelle, souligner l’originalité d’une démarche, d’une volonté, d’une audace.
De l’édito à la dernière rubrique, du dessin d’humeur à la mise en pages, L’info se démarquait, se décarcassait, maintenait la tête hors de la marmite. De nouveaux chroniqueurs apparaissaient insufflant une énergie nouvelle aux lutteurs fatigués, regrettant le départ de valeureux combattants, d’anciens frères d’armes à la plume émoussée. De ­Charybde en Scylla, de Gergovie en Alésia, on en revenait parfois flagada mais on en restait baba de cet Info-là.

Et Fifine dans tout ça ?

Les mauvaises langues diront que Léon et Fifine sont nés dans une feuille de chou ! Sonia Marx, leur  « maman », nous parle de ses personnages qui survivront à L’info.

 

 

Sonia Marx
 

 

- Au fil des numéros, nos lecteurs se sont attachés à Fifine, et toi aussi !
- Oui, je dois bien le reconnaître, j’ai beaucoup de tendresse pour Fifine. En quatre ans, nous avons passé pas mal de temps ensemble, alors, forcément, on s’attache…

- Selon toi, pourquoi ce personnage suscite-t-il autant d’intérêt ?
- Je pense que c’est le fruit d’une alchimie que je ne maîtrise pas. ­Fifine et Léon sont sortis spontanément de mon crayon. Il n’y a pas eu de réflexion de ma part. Ce ne sont pas des « produits » mûrement étudiés.
Je suis une Ardennaise de souche, j’ai vécu toute mon enfance entourée de « vieux Ardennais » hauts en couleur…  Fifine et Léon sont une sorte de condensé de tous ces personnages qui ont peuplé ma vie d’enfant : voisins, famille… Chacun doit donc y retrouver quelqu’un qu’il connaît ou qu’il a connu, des familiers…
Et puis, modestement, il y a mon regard sur les choses de la vie, sur les évènements…  un humour décalé, un peu absurde parfois, comme notre société peut l’être. J’aime aussi à saupoudrer par-ci, par-là un soupçon de poésie, n’est-ce pas la seule chose qui reste lorsque tout nous déçoit ? 
Fifine n’est pas méchante, jamais incisive ou satirique. Elle est quelquefois déçue ou désabusée, mais elle garde un humour et un optimisme à toute épreuve. Un personnage positif en somme… Elle est un peu l’ambassadrice de mon petit univers. Est-ce tout ça qui a fait que les lecteurs l’ont très vite adoptée ? Peut-être… sans doute ! 

Un journal que l’on regrettera

En prenant le téléphone pour recueillir quelques réactions à la suite de la disparition de L’info, on peut constater que la nouvelle est souvent accueillie avec beaucoup de désolation. Ce journal était un outil bien utile et lu de tous, la preuve sans doute que ce périodique s’était véritablement imprégné de la vie de la région.

André Goffinet
Collaborateur d’Olivier Weyrich, chargé de la mise en pages du journal
« On peut dire qu’au niveau professionnel, c’est un soulagement. Il faut se rendre compte du travail que ce journal demandait. Pour chaque numéro, il faut consacrer aux moins quinze heures de travail pour la mise en pages, rassembler les textes, contacter les clients, réunir les photos nécessaires… Il faut aussi savoir que le bouclage en lui-même est stressant. On court beaucoup, certains textes arrivent au dernier moment, chaque fois, c’est un bouclage à la dernière minute. Pour moi, sa disparition permettra de mieux gérer les autres secteurs de la maison d’édition, du moins avec du stress en moins ! »

Ma vie dans la forêt ardennaise

Le sanglier, symbole de l’Ardenne

Pour mieux comprendre les souvenirs que je vais me permettre de raconter, il faudra retourner un moment à mon enfance. Gamin, j’avais un jour donné un coup de main au vieux Joseph qui conduisait sa truie au verrat. Folâtre, la bête courait un peu dans toutes les directions et l’homme avait bien du mal à la suivre. Il m’avait prêté son bâton pour tenter de la guider. Tout à coup, la bête s’arrêta, huma l’air et faisant la preuve que sa claustration n’avait pas annihilé toutes les facultés de sa race, elle partit comme un trait contourner un pâté de maisons pour s’arrêter devant la porte d’une porcherie où bientôt des cris répondirent à ses grognements.
Comme d’habitude, Auguste, le propriétaire du mâle, commença par faire reculer les gamins accourus contempler l’accouplement. Était-ce parce que nous n’avions pas grand-chose pour nous distraire, ou pour tenter de comprendre un peu ce mystère de la procréation que nous pressentions ? (Pour nos parents, le sujet était tabou : n’était-ce pas un facteur supplémentaire pour éveiller nos curiosités ?)
J’étais évidemment aux premières loges, le bâton que je tenais à la main confirmant ma qualité de guide du cochon. Le vieux Joseph arriva en boitillant, tout essoufflé, car la course avait réveillé ses rhumatismes. « Regarde bien, m’fi, me dit-il, tu as une meilleure vue que moi. Compte toutes les fois que le verrat clignera des yeux, car à chaque coup c’est un goret qui commence. » Je ne me rappelle plus exactement le nombre de cochonnets que Joseph avait l’espoir de voir naître. Je sais que sur le moment, il me parut que cela présageait une portée record. Le vieux me le confirma en disant que cela allait être une bien belle cochonnée, et un vague sourire éclairait sa face ratatinée. Je pensais qu’il se réjouissait en escomptant le bénéfice qu’il allait tirer d’une si nombreuse litée : mais allez donc savoir ce qui se passe dans la tête de ces madrés que les gens de la ville, avec un air supérieur, qualifient de vieux paysans.
J’aurais bien voulu demander à mon père confirmation du présage que donnaient les clignements d’yeux des verrats, mais le spectacle m’était tacitement défendu et je remis à plus tard l’occasion de m’en informer. Le lendemain, la vie insouciante que je menais alors m’avait déjà permis d’oublier à moitié l’histoire. J’en retenais surtout le fait que Joseph m’offrit un verre de bière de table qu’il fabriquait lui-même et qui me parut fort amère. Il y ajouta quelques poires que je rapportai fièrement à la maison, parce qu’elles représentaient mon tout premier salaire. Je mentis bien un peu en expliquant qu’elles m’avaient été offertes pour l’aide que j’avais donnée à Joseph afin de rentrer son cochon.
Ce n’est que bien des années plus tard que l’histoire des clignements d’yeux me revint en mémoire. À l’âge adulte, le spectacle de l’accouplement des cochons exerçait toujours sur moi une certaine attirance : on ne rejette jamais facilement ni totalement ce que l’on a tenu comme source de distraction. Je pus transposer tout cela sur le rut des sangliers. Les combats qu’ils se livrent à ce moment sont très impressionnants. Bien des fois je fus partagé entre le devoir de ne pas déranger ces animaux, malgré la fascination que j’éprouvais à la vue de chaque mêlée, et le plaisir de les regarder.

C’est dommage !

Dommage ! Voilà la réaction la plus souvent entendue lorsqu’on annonce la fin du journal L’Info après 332 publications. Le monde sportif ne fait pas exception. Nous avons rencontré deux personnalités sportives très connues, Jean-Marie Fivet et Christian Liégeois. Même déception !

C’est en abordant le sujet de la disparition du journal que nous découvrons que Jean-Marie et Christian ont un point commun. Tous deux sont gazettophilistes, on pourrait même dire « chestrogazettophilistes ». En entrant dans leur bureau respectif, c’est la même découverte. Tous deux découpent, répertorient, trient, classent des articles de presse, voire collectionnent certains journaux. Nous avons recueilli leurs impressions. Interview croisée.