Sur les traces de nos abbayes…

Orval, Rochefort, Chimay : des Trappistes au cœur du monde. Un livre, une exposition et une soirée-rencontre pour illustrer l’histoire religieuse et économique des ces trois lieux cisterciens. Vaste programme à la bibliothèque communale. 

 

Ruines de l'abbaye d'Orval
 

Lorsque vous rencontrez Jean-Pierre Vander Straeten, il vous propose directement de partager un verre de vin, attablé au cœur de sa seconde résidence à ­Tellin. Luxembourgeois d’adoption, travaillant à Bruxelles, cet épicurien pratiquant s’est passionné pour les saveurs et le patrimoine de notre Wallonie en élaborant notamment des excusions découvertes via l’asbl Traces de vie qu’il anime avec sa compagne Anne-Marie Trekker. Cette association offre un espace d’édition centré sur l’écriture d’ «histoires de vie » en résonance avec l’autre, le tiers, la société. Un lieu célébrant les mémoires collectives et les mémoires individuelles.

Un livre
Orval, Rochefort, Chimay : des Cisterciens, des Trappistes et des hommes. Un titre qui résume bien la philosophie du projet de Jean-Pierre Vander Straeten. L’auteur s’est limité à ces trois abbayes par souci de cohérence. D’abord spirituelle : Orval, Rochefort et Chimay participent à la même obédience cistercienne et plus encore trappiste. Ensuite, régionale puisque ces trois communautés sont installées en Wallonie. Enfin, économique, leur activité restant intégralement placée sous le contrôle des moines, ce qui les différencie des autres abbayes. Dans ce livre, pour sortir des sentiers battus, l’auteur a choisi de relier l’histoire à l’économie. Nos abbayes, Orval en particulier, ont été les témoins souvent actifs des luttes de pouvoir et des conflits entre les grandes puissances, ce qui ne les a pas empêchées de jouer un rôle déterminant sur le plan de l’économie régionale. L’auteur se pose des questions fondamentales et apporte un angle d’analyse original en se demandant comment une communauté monastique se revendiquant de la règle de saint Benoît peut affirmer à la fois le respect pur et dur de la vie sous clôture et une présence aussi ancrée dans le monde extérieur ? Les relations avec les populations locales n’ont-elles pas dérivé parfois de l’esprit de charité vers des attitudes de domination ? Quel est l’état des relations à l’intérieur d’une communauté ? Des questions qui peuvent déranger et qui ont généré des rencontres parfois délicates avec les responsables des trois abbayes. C’est l’un des mérites de cet ouvrage qui éclaire la vie monastique d’un point de vue différent. Deux années de recherches, de rencontres, de contacts divers ont été nécessaires pour peaufiner ce livre qui se présente en quatre chapitres essentiels.Le premier est consacré aux origines du monachisme occidental. Il permet de situer l’origine, la naissance et le développement des communautés cisterciennes.Le deuxième chapitre présente Orval depuis sa création en 1070 jusqu’à la communauté actuelle. C’est le chapitre le plus développé de l’ouvrage, plus de neuf cents ans d’existence et des sources historiques nombreuses expliquant cette place prépondérante accordée à ces moines luxembourgeois.
Le troisième chapitre évoque Rochefort à travers notamment un entretien avec Gumer Santos, un laïc maître brasseur, qui dévoile des côtés méconnus de l’activité de l’abbaye.
Le quatrième chapitre aborde la courte histoire de l’abbaye de Chimay, portée sur les fonts baptismaux en 1850.
En conclusion, l’auteur résume les trois axes structurels de son ouvrage en rappelant que nos moines sont à la fois des Cisterciens, des Trappistes et des hommes, un trio révélateur, dans chacune de ses composantes, d’une réalité historique, économique et sociale.

Une exposition
Du 8 au 29 septembre, à la bibliothèque communale, une exposition regroupant 23 photos de l’auteur illustrera ces vies monastiques. Cîteaux, Orval, Chimay et Rochefort vont seront présentés sous l’œil original d’un photographe passionné. Orval en pleine lumière, mariant le bleu du ciel à la pierre jaunâtre de Gaume en un contraste flamboyant. Chimay et ses teintes vertes déclinant ses couleurs au fil des nuages et Rochefort jouant de ses gris plus austères. Une façon enrichissante de poursuivre la lecture de l’ouvrage de l’auteur ou de vous inviter à le découvrir.

 

Jean-Pierre Vander Straeten
 

Une rencontre
En point final de ces trois semaines d’exposition, la bibliothèque communale vous invite, le vendredi 28 septembre à 20 h, à une soirée de rencontres avec des acteurs de la maison d’édition Traces de vie autour d’une soirée baptisée « Mémoire collective et Mémoire singulière ». Rencontre avec Jean-Pierre Vander Straeten qui vous conviera à une visite guidée et commentée de ses photos. Rencontre avec Pascal Martin, sociologue, qui a collecté les récits de sa grand-mère, Andréa Baillieux, dans un ouvrage intitulé Née en 3. La vie d’une femme en Gaume au siècle dernier. Un récit poignant et touchant sur un siècle de vie au cœur du Luxembourg. Cette soirée-rencontre gratuite sera suivie d’une dégustation de bières trappistes alliant le spirituel et les spiritueux.
Venez nombreux.

P. Dabe
Infos : Bibliothèque communale 061 27 88 67.