Olivier Delait : « le dépassement de soi »

Il fait encore sombre ce matin du 15 août 2005 quand les participants au triathlon d'Embrun plongent dans le plan d'eau de Serre-Ponçon. Parmi cette marée humaine, Olivier Delait, mérite sportif 2004 de la commune de Libramont. Il s’est inscrit sur la longue distance, ce qu’on appelle dans le jargon l’Ironman. 3,8 km à la nage pour commencer. Ensuite 188 km à vélo avec un dénivelé positif de 3600 m dont l'ascension de l'Izoard, un des plus hauts cols que franchissent parfois les coureurs du Tour de France. Celui-ci culmine en effet à 2361 m. Une fois l'épreuve vélo terminée, il ne reste plus qu'à effectuer un marathon. Rien moins que ça! Dur, dur ! Très éprouvant pour les organismes.

Olivier Delait au triathlon d'Embrun
 
 

 

Olivier est intarissable lorsqu'il nous narre son expédition. C'est à la lueur de torches installées sur des kayaks et le bateau des pompiers que nous nageons dans le lac de Serre-Ponçon. Il n'est que 6h du matin, il fait encore sombre. L'eau n'est pas très chaude. Après 59 min d'efforts, sortie de l'eau. Prendre bien le temps de se sécher, de se changer. Enfourcher sa bicyclette et nous voilà partis pour 188 km…
Habituellement les dix premières minutes sur le vélo, après la natation, sont faites pour récupérer, pour faire redescendre le rythme cardiaque. Ici, pas possible. Seulement 300m de plat et déjà la première côte avec un dénivelé supérieur à 10%. Petit souci dans la fin de la côte avec une crevaison. Aucune aide extérieure n’est autorisée sous peine de disqualification. Le temps de réparer et c’est reparti. Le premier moment de répit se situe dans la descente où il faut toutefois rester très attentif, très concentré. La deuxième portion est plus roulante et nous amène au pied de l’Izoard. 13km d’ascension très dure. Et plus on approche du sommet, plus le dénivelé est important. De plus, il faut affronter le vent de face, ce qui n’arrange rien. Ce vent venant d’Italie, «la lombarde», ne souffle que vingt jours par an. Et par malchance, il souffle le jour de l’épreuve. Après avoir franchi le sommet, où il ne fait que huit degrés, descente vers Briançon. à partir de là, nous avons le vent dans le dos, ça aide. Au km 140, début de contracture à la cuisse. Il faut bien ralentir le rythme, compenser, plus appuyer sur l’autre jambe. Mais il reste encore une côte avec une portion à 16% puis une dernière difficulté en fin de parcours avec l’ascension du Chalvet, à 5km d’Embrun. Après avoir passé huit heures sur le vélo, place à la dernière étape, le marathon. Deux boucles de 21km à effectuer aux alentours d’Embrun, sur un parcours accidenté, 400m de dénivelé positif. Démarrer prudemment, en douceur, pour ne pas réveiller la douleur de la contracture. Le thermomètre affiche 28° mais le petit vent qui souffle est le bienvenu. La traversée du piétonnier à Embrun est magique. D’ailleurs, tout au long du parcours, il règne une ambiance particulière, faite de musique, d’encouragements. Les spectateurs massés le long du parcours ont la liste des engagés avec leur numéro de dossard. Il est fréquent que les spectateurs encouragent les concurrents par leur prénom. Au fur et à mesure qu’on avance, on sent qu’on va arriver au bout. Quel bonheur d’enfin terminer, d’avoir droit au tee-shirt finisher! Grand moment d’émotion en franchissant la ligne, accompagné de mes deux enfants, après 13h43
d’efforts.
En consultant un des sites consacrés à l’Ironman d’Embrun, on se rend mieux compte de l’exploit réalisé par Olivier Delait. Le site parle en effet de l’Ironman le plus dur du monde. Une visite sur le site http//pro.wanadoo.fr/ram05/embrunman1.htm vaut assurément le détour. On y trouve bon nombre de renseignements intéressants ainsi que le classement complet et détaillé par épreuve. Sur les 860 inscrits, Olivier pointe à la 303e place. Ses copains de club de St-Hubert qui l’accompagnaient figurent également dans le classement : Arnaud Didier boucle l’épreuve en 13h58 et Philippe Coibion, dont c’est le premier Ironman, termine en 14h52.

Après quelques semaines de récupération salvatrices, Olivier nous livre ses impressions, ses sensations.
L’Info : Tes impressions après une telle épreuve?

Olivier Delait : À vrai dire il convient mieux de parler d’une épreuve que d’une course. Au sein des participants, il règne plus un sentiment d’entraide qu’un esprit de compétition. C’est le dépassement de soi qui prime. C’est une épreuve très dure mais la beauté des paysages aide à surmonter les moments de doute.
Il faut aussi savoir gérer son énergie, marcher quand c’est nécessaire, accepter de se faire dépasser par d’autres.
L’Info : Justement, as-tu éprouvé des doutes durant cette journée ?
O.D. : J’ai ressenti un premier moment de doute dans l’Izoard. La difficulté du parcours ajoutée au vent de face, c’était pénible. Le soutien moral de la famille postée à des endroits critiques du parcours permet de surmonter les doutes.
L’Info : Comment t’es-tu préparé ?
O.D. : Il faut compter à peu près onze mois de préparation. Le plan d’entraînement comprend de la natation, du vélo et de la course à pied. Lors d’une aussi longue préparation, il est important de bien se connaître, d’être à l’écoute de ses sensations. Le gros danger est de se renfermer dans son plan d’entraînement. Il faut pouvoir prendre du recul par rapport au plan initial.
Olivier Delait au triathlon d'Embrun
 

L’Info : As-tu repéré le circuit avant la course ?
O.D. : Oui effectivement. ça aide. à certains endroits, j’avais d’ailleurs apposé de petites marques au sol pour repérer les points clés, les points difficiles. C’est une façon de les apprivoiser, les démystifier.
L’Info : Comment t’alimentes-tu pendant la course ?
O.D. : Pour la partie vélo, bananes, barres énergétiques et boissons énergétiques. Pour la partie course à pied, j’ai préféré le gel et les boissons.
L’Info : Comment se passe l’après-course ?
O.D. : Une fois l’épreuve terminée, massage. J’ai dû aussi être mis sous perfusion pour récupérer.
Le lendemain une vingtaine de minutes de natation. Au début c’est dur de se jeter à l’eau mais ça fait un bien fou après.
La semaine qui suit, trois fois natation, trois fois vélo mais de façon très relax. Le corps souffre d’un déséquilibre au point de vue hormonal et oligo-éléments. Entre 15 jours et 3 semaines après l’épreuve, on atteint un pic de forme au point de vue physiologique. Le danger à ce moment est de vouloir trop en faire. Il faut gérer ses émotions. Disons que pour récupérer complètement, il faut compter deux mois.

Ér. Meunier