Le nouveau roman de Jules Boulard, Le signe du loup, conte l’histoire d’une amitié étrange et rare entre un homme et un loup. Une œuvre dense et étonnante.
En 2005, Weyrich Édition publiait L’envol de l’émouchet, précédent roman historique de Jules Boulard. Ce livre relatait avec passion l’exil des paysans ardennais partis chercher fortune en Amérique du Nord au xixe siècle. Dans cet ouvrage, déjà, l’auteur démontrait brillamment sa connaissance historique de l’époque traitée et embarquait fougueusement le lecteur à sa suite. Changement d’époque et de lieu avec ce Signe du loup dans lequel le personnage principal, François-Noël Raison, enfant perdu de la Révolution française va arpenter les chemins de l’Ardenne en rencontrant l’amitié d’un loup, symbole de liberté et de sagesse. L’auteur développe son intrigue dans un contexte historique précis, entre 1789, année de la Révolution française, et 1815, fin de l’Empire. Et dans une région bien définie, cette partie du Luxembourg belge qui forma jadis le duché de Bouillon. À travers ses pages, Jules Boulard poursuit deux objectifs précis. D’abord évoquer cette période difficile riche en évènements sociaux et militaires où les temps sont très durs à vivre et aussi rendre hommage à la ténacité, au courage et à la générosité de cœur qui semblaient caractériser les Ardennais de l’époque. Ensuite, à partir des souvenirs et mémoires laissés par quelques personnages de cette période historique, l’auteur a pour ambition de briser l’image d’Epinal des manuels scolaires pour mieux faire rejaillir la part d’humanité, de passions, de bouillonnements et de drames vécus par les contemporains de l’action.
Jules Boulard dédicacera son nouveau livre à la librairie Oxygène (Neufchâteau) le lundi 26 nov. de 16 h 30 à 18 h 30.
Histoire de loup
Si le début du roman est d’accès assez ardu, c’est principalement dû à la nécessité d’installer un contexte historique rigoureux d’une époque que le lecteur lambda est peu habitué à fréquenter. L’accumulation d’évènements historiques explique les pérégrinations de François-Noël Raison. Les noms de lieux s’accumulent (Sedan, Bouillon, Rochefort, Neufchâteau…) et les personnages se multiplient. Le recours aux notes historiques précises placées en fin de volume est un aller-retour bien nécessaire. Il démontre en tout cas le colossal travail de recherches historiques effectué par l’auteur.
Mais bientôt, l’action prend le lecteur au cœur et le conduit rapidement à s’attacher au personnage principal et à la relation unique, étrange et merveilleuse qui le liera à Flambeau, l’animal ami. Le loup, cet animal mythique qui, jusqu’à son extermination en Ardenne vers 1870, fit partie de l’univers social et naturel des populations, devient le fil rouge du roman. Il symbolise à la fois le retour à la nature et à une certaine sagesse et aussi le lieu de ressourcement et de fidélité où le héros puise la force nécessaire pour affronter les aléas de l’histoire. Flambeau, François et Flore se retrouveront finalement dans un épilogue qu’il serait inopportun de dévoiler ici.
Jules Boulard, passionné de l’Ardenne
L’écriture de Jules Boulard fleure bon un classicisme tombé en désuétude dans la littérature contemporaine. Les choix de substantifs précis, de qualificatifs idoines soumet le lecteur au plaisir de fouiner dans les dictionnaires pour se réapproprier le récit. Souvent, la phrase s’étend langoureusement, prend ses aises et additionne les virgules et les descriptions. À d’autres moments, elle se fait courte et pointue pour signifier l’urgence de l’action. Jules Boulard ponctue son récit de quelques saillies verbales en latin et en wallon. Ce qui ajoute une savoureuse part d’authenticité. Son style à la fois naturaliste et réaliste peut faire penser à Maurice Genevoix, Michel Peyramaure ou Henri Vincenot. Une écriture riche, maîtrisée dont la poésie n’est pas absente. Avec Le signe du loup, Jules Boulard confirme magnifiquement les espoirs placés en lui depuis L’envol de l’émouchet. Plongez-vous dans Le signe du loup au cœur de l’hiver ardennais qui s’annonce.
P. Dabe