Chronique d’une mort annoncée

Toute la presse belge était envahie. Toute ? Non. Un des derniers îlots d’insurgés résistait aux sirènes voraces des groupes publicitaires, aux sujets people, aux égorgeurs d’articles de fonds.
Par Toutatis, la bataille était rude mais d’autant plus belle. Il fallait monter au front, éviter le marronnier annuel, encourager l’initiative nouvelle, souligner l’originalité d’une démarche, d’une volonté, d’une audace.
De l’édito à la dernière rubrique, du dessin d’humeur à la mise en pages, L’info se démarquait, se décarcassait, maintenait la tête hors de la marmite. De nouveaux chroniqueurs apparaissaient insufflant une énergie nouvelle aux lutteurs fatigués, regrettant le départ de valeureux combattants, d’anciens frères d’armes à la plume émoussée. De ­Charybde en Scylla, de Gergovie en Alésia, on en revenait parfois flagada mais on en restait baba de cet Info-là.
Il lui aurait fallu une dose de potion magique, une mixture à la Panoramix. La survie virait à l’idée fixe. En manque de sesterces, L’info devra bientôt baisser bouclier en priant Belenos d’intervenir en haut lieu. En tant que chroniqueur, j’y perds mon latin, je n’ai plus la gaule et mon cœur saigne. Car on l’aimait notre Info, certaines lectrices devenaient Infomanes, des lecteurs papivores engloutissaient goulûment leurs livraisons régulières.
Une fois lu, l’hebdomadaire pouvait encore servir à l’édification des masses, à allumer le feu, à recueillir les épluchures, à emballer le poisson, à réchauffer le cycliste dans la descente des cols, à servir de brouillon à nos lettres d’amour… Une perte irréparable, je vous dis…
À moins que, à moins que… Il suffirait de presque rien… Chiche !!

 P. Dabe