Suite à notre article paru le 29 septembre dernier au sujet de la restauration attendue des vestiges du château d’Herbeumont, il nous a semblé intéressant de faire un point complet sur l’histoire du château d’Herbeumont.
Dans le périodique herbeumontois, Le Saglé, Julien Gengoux retrace les grandes lignes historiques de ce site remarquable et accessible à tous les promeneurs.
Le site de 25 ha formé par les ruines et les abords du château d’Herbeumont a été classé par un arrêté royal du 24 octobre 1938, en raison de sa valeur historique et archéologique.
étant donné le patrimoine exceptionnel que ces ruines représentent, elles ont fait l’objet d’un arrêté de classement spécifique daté du 7 août 1989.
Le château d’Herbeumont a été construit au sommet d’une crête rocheuse qui domine les méandres de la Semois de quelque 111 mètres.
L’initiateur en a été Jehan, le fils cadet de la maison de Walcourt et fondateur de la maison d’Orgeo qui, dans la charte de 1268 affranchissant Herbeumont selon les modalités de la loi de Beaumont, a fait stipuler qu'il « se réserve la roche pour y construire sa maison ».
Quatre grandes familles se sont succédé à la tête de cette seigneurie créée en 1268 et issue de la terre d’Orgeo : les maisons d’Orjo (1268-1420), de La Marck-Rochefort (1420-1544), de Stolberg (1544-1574) et de Löwenstein (1574-1796).
Il semble bien que seule la famille d’Orjo ait établi son domicile au château d’Herbeumont. à partir des La Marck, la seigneurie d’Herbeumont est gérée par un administrateur nommé «châtelain» au xve siècle ou encore «prévôt» ; il faut ajouter un portier formant ainsi tout le personnel du château en temps de paix.
L’histoire n’a pas gardé le souvenir d’événements militaires précis concernant le château aux xiiie et xive siècles. A partir du xvie siècle, les textes sont plus explicites. Englobée dans l’ensemble des Terres wallonnes des principautés impériales groupées dans le bassin du Main, la prévôté d’Herbeumont entre dans l’orbite politique de l’Empire et confère au château un rôle de « forteresse-frontière » ignoré jusqu’alors. Au xvie siècle, les garnisons étaient encore généralement recrutées parmi les habitants d’Herbeumont, d’Orgeo et d’Ochamps. à partir de la fin du xvie siècle, les garnisons locales seront remplacées par des troupes mercenaires placées sous les ordres d’un capitaine.
Le château fut investi une première fois le 6 février 1588, par les troupes françaises placées sous les ordres du duc de Nevers. Le château ne fut cependant restitué à la famille de Stolberg qu’en 1559.
Un siècle plus tard, en 1657, peu après la prise de la ville de Montmédy par les troupes françaises placées sous le commandement du maréchal de La Ferté, le château fut investi, le 21 août, par le marquis d’Uxelle. Incendiée, la place-forte fut abandonnée et rasée et le prévôt Henry de Valansart alla s’installer au château de Cugnon.
La seigneurie d’Herbeumont n’en resta pas moins la propriété de la famille de Löwenstein jusqu’en 1796.
Quadrilatère irrégulier
La première des six phases de l’histoire architecturale du château est donc à situer peu après 1268, où le tracé général est créé : quadrilatère irrégulier d’une soixantaine de mètres sur quarante, doté à l’est, d’une tour et, au nord, d’un solide donjon surveillant l’entrée ; le tout protégé naturellement par une pente raide au sud et à l’ouest, artificiellement au nord et à l’est par un fossé profond taillé dans le sol schisteux.
Défectueuse ou précaire, la courtine méridionale fut sensiblement épaissie au xive siècle ou dans la première moitié du xve siècle et percée d’une poterne en arc brisé
Mais l’apparition de l’artillerie au xve siècle nécessita de nouvelles garanties et on peut dire que, en ce début des Temps modernes,
la physionomie du château médiéval dut être modifiée : renforcement des murailles jouxtant l’accès et nouvel épaississement de la courtine sud flanquée cette fois, à chaque extrémité, d’une solide tour circulaire ; création, sur tout le pourtour de la forteresse, d’une plate-forme de remblais maintenue vers l’extérieur par un mur à parapet et constituant de la sorte une seconde courtine doublant la première et prévue, tant pour protéger le pied des murs d’enceinte que comme plate-forme d’artillerie de défense. Un renforcement de l’angle nord-ouest du château termine les grandes transformations défensives du monument.
De part et d’autre de la cour oblongue apparaissent des substructions d’habitat (le long de la courtine ouest) et des communs (bordant la courtine est). Elles constituent la base de bâtiments érigés en général dans le courant des Temps modernes : salle avec cheminée pavée de schiste posé de chant et caves à demi souterraines ; citerne, fournil ou écuries ; c’est de ce côté que le puits fut creusé.
Face à l’entrée, on peut voir une pile du pont mobile de même que les substructures d’un ouvrage défensif qui en commandait l’accès.
Fouilles jusqu’au fond du puits et des fossés De 1973 à 1976, à l’initiative du Service national des Fouilles, quatre campagnes de fouilles furent organisées au château d’Herbeumont. Une équipe de spéléologues vida le puits du château. Les troupes du génie d’Arlon vidèrent les fossés.
Les travaux furent menés à bien grâce à la collaboration étroite du Service national des Fouilles avec l’administration communale d’Herbeumont, l’Administration des Eaux et Forêts et l’asbl Les Amis du château.
à Herbeumont, comme dans la plupart des autres sites archéologiques, les objets contemporains des premières périodes d’occupation sont rares. Ce sont les couches de la dernière destruction et de l’abandon qui fournissent la grande part du matériel archéologique. La majorité du matériel provient donc du niveau d’abandon contemporain du démantèlement du château par les troupes de Louis XIV après le 21 août 1657, date de sa prise.
C’est ainsi qu’un nombre important d’objets usuels de la première moitié du xviie siècle sont parvenus jusqu’à nous.
Une médaille, une coquille de Saint-Jacques, un chapelet et une statuette de Notre-Dame de Foy sont les quelques objets de piété abandonnés dans la tourmente. Les monnaies et jetons sont nombreux, on y compte même un plomb de drap et un poids monétaire. Du puits provient un petit trésor de 125 deniers en cuivre frappés sous Ferdinand-Charles, comte de Löwenstein-Wertheim-Rochefort, dans son château tout proche de Cugnon, en 1649-1650. Des fusaïoles de grès, peignes en os, épingles et aiguilles, ciseaux, dès à coudre, chaînettes, perles, bagues témoignent de la présence féminine au château. Les armes à feu, quoique fragmentaires, sont nombreuses : arquebuses, couleuvrines et même une bombarde découverte dans le puits. Les accessoires tels que balles, boulets, fourches à arquebuse, pinces et moules à balles, poires à poudre sont aussi présents. Les armes blanches : épées, pommeaux, gardes, dagues, hallebardes, pertuisane, piques, carreaux d’arbalète figurent parmi les objets plus rarement découverts. Du côté de la cuisine, ce sont marmites de fonte, poêles, pots et cruches de terre cuite ou de grès, de toutes grandeurs et provenances, bouteilles cuillers et louches, robinets, gril, crémaillère et même une taque de fonte datée de 1608, qui figurent l’inventaire. à côté de fers à cheval, une étrille et plusieurs éperons rappellent également les écuries du château.
La plupart de ces vestiges sont visibles à la maison communale d’Herbeumont.
(Extrait de J. Gengoux du Saglé n° 72)
Sources :
- A. MATTHYS-G.HOSSEY, Le château d’Herbeumont, ARCAEOLOGICUM BELGII SPECULUM Bruxelles 1978.
- Le Patrimoine monumental de la Belgique Wallonie Volume 14, Province de Luxembourg, Arrondissement de Neufchâteau, Pierre Mardaga, éditeur.