Saint Nicolas : le rêve a duré jusqu’à 12 ans !

Saint Nicolas, saint patron des petits, mais également des grands ! En effet, un peu en avance, il posera ses sacs pleins de surprises ce samedi 3 décembre au home de Bonne Espérance, au cœur de nos forêts ardennaises, à Herbeumont.
L’occasion de se faire conter la Saint-Nicolas au temps de nos aïeuls.


« La venue de saint Nicolas est très importante pour nos pensionnaires », explique Véronique Nollevaux, directrice de la maison de repos. « Elle est prévue à l’heure du goûter, où tous les résidents sont rassemblés. Saint Nicolas distribuera des chocolats et autres friandises, ce qui enchante les pensionnaires. Mais surtout, ajoute-t-elle, c’est une opportunité fabuleuse de faire renaître des souvenirs et des sensations souvent magiques, vécues en tant que parents et enfants. Les résidents en profitent d’ailleurs très souvent pour relater et échanger entre eux ce qu’ils ont connu dans leur petite enfance. Ce jour-là, bon nombre de conversations débutent par : de mon temps…»

Madame Simon
 
Madame Schmit
 

Et justement, en ce temps-là, comment se déroulait ce jour de fête réservé aux plus petits ? « C’était une vraie fête ! Un des plus beaux jours de l’année, car le seul où nous recevions des cadeaux ! » répond Renée, du haut de ses 89 ans, avec l’énergie et la spontanéité d’une jeune dame. Renée, installée au home depuis quatre ans et demi, est également membre du conseil des résidents. C’est à elle, notamment, que les autres pensionnaires viennent donner leur avis sur la gestion de l’établissement. Donc, elle a l’habitude de dire ce qu’elle pense : « Je ne voudrais pour rien au monde échanger ma Saint-Nicolas avec celle des enfants d’aujourd’hui ! Cette fête ne représente plus rien pour eux puisqu’ils sont gâtés tout au long de l’année. »
Renée, des souvenirs plein les yeux et un sourire en coin, décrit aussi la préparation de ce jour particulier : « Il régnait déjà une réelle effervescence, quinze jours avant le jour J.
Le soir, nous disposions nos chaussures pour les retrouver, le lendemain matin, garnies de chocolats et de biscuits. » Et Germaine d’ajouter, fière de ses 87 ans, blottie dans sa chambre chauffée, le regard malicieux tourné vers la vaste vallée faisant face à sa fenêtre : « Tous les jours de la semaine précédant le six décembre, maman demandait à un voisin ou à un ami de nous apporter des bonbons. Il annonçait son arrivée avec une cloche, et jetait des caramels et des biscuits dans la maison. Nous ne pouvions voir que sa main vêtue d’un gant blanc. J’avais tellement peur que je me cachais sous la table. »
Et il fallait aussi préparer sa liste de cadeaux. « Saint Nicolas venait à l’école et c’était l’occasion de lui énumérer ce qui nous ferait plaisir , explique Renée, et à l’époque, on n’allait pas le voir dans les supermarchés. Aujourd’hui, on parle de la Saint-Nicolas dès octobre et on le trouve à tous les coins de rue. De notre temps, il n’y avait qu’un seul saint Nicolas.»
Et Germaine rappelle ce que lui répétait sa maman : « Vous pouvez demander ce que vous voulez ! Et saint Nicolas, lui, apporte ce qu’il veut ! »
La veille, les derniers préparatifs battent leur plein. Chez Renée… « On dressait la table avec les assiettes et les plats remplis de pain pour le grand saint et de carottes pour son âne. Souvent, il y avait beaucoup de neige dehors. Maman m’a avoué, plus tard, qu’elle utilisait d’ailleurs cette excuse pour justifier un éventuel oubli et les assiettes vides :  Il y a trop de neige, saint Nicolas n’a pas pu venir !  Cette nuit-là, s’enthousiasme-t-elle, je dormais mal, trop impatiente de découvrir les surprises qui m’attendaient. Et au petit matin, c’était l’émerveillement ! Des oranges, presque les seules de l’année, des noix, des chocolats débordaient des assiettes. Entre elles, je trouvais des poupées en porcelaine ou des livres. Nous avions même congé, nous étions dispensés d’école ce jour-là ! Et nous en profitions pour nous rendre chez mes oncles et mes tantes. Ô surprise ! saint Nicolas était aussi passé par là ! C’était vraiment le plus beau jour de l’année ! »
Pour Renée et Germaine, le rêve a duré jusqu’à douze ans, âge de la communion solennelle.
V. Juprelle