La bibliothèque communale de Libramont nous convie à une plongée historique et gastronomique dans l’univers des « bières et fromages des Pères trappistes en Belgique ». Une invitation plus que tentante !
Toute l’équipe de la bibliothèque locale de Libramont baigne dans le divin breuvage depuis plusieurs semaines. Il faut dire que ce travail de longue haleine a débuté en 2004 sans savoir que l’année 2005 serait décrétée Année de la bière. Isabelle Glaise et ses collègues ont pris contact avec Monsieur Cattlain, responsable de l’Ecomusée de la région du Viroin à Treignes. Cet amateur et collectionneur d’objets en relation avec le monde brassicole en a rassemblé plus de 500 et a réalisé des panneaux didactiques en français et néerlandais en collaboration avec des chercheurs de l’ULB. Ces panneaux sont la colonne vertébrale de toute l’exposition. Ils évoquent la règle de saint Benoît, l’ordre des Cisterciens, l’histoire des six abbayes belges (Westvleteren, Westmalle, Achel, Chimay, Rochefort et Orval) et la spécificité des produits portant le label Authentic Trappist Product. En plus des six marques de bières trappistes en Belgique, ce label couvre les fromages d’Orval et les liqueurs de Tegelen. D’autres panneaux retracent la fabrication de la bière à travers le cas précis de l’abbaye de Scourmont à Chimay ou la fabrication du fromage en général. Des vitrines parsèment l’exposition, on y retrouve, outre les produits habituels, des objets plus insolites comme des effigies de saint Arnould, patron des brasseurs ou une vitrine dédié aux « fausses » bières d’abbaye. De plus le Musée européen de la bière de Stenay (France) a prêté divers outils nécessaires à la fabrication du breuvage (soutireuse, fourquet, pelle à malte, brouette à malte, tonneaux…).
Mais c’est quoi, une trappiste ?
Il serait faux de définir la trappiste comme un produit unique. Il n’en demeure pas moins que l’ensemble des trappistes appartiennent à la culture brassicole belge des bières de fermentation haute et présentent un large éventail d’arômes, saveurs, robes et degrés d’alcool. Lorsque, après la Seconde Guerre mondiale, les moines de Chimay se trouvent face à la nécessité de reconstruire leur brasserie anéantie, ils décident de concilier tradition et modernité. L’orientation que prennent les moines de Chimay est celle qu’adopteront plus tard les autres abbayes. C’est donc de cette concertation que sont nées les bières trappistes et leur caractère particulier. La solide réputation de ces bières se dresse à contre-courant des lois du marketing et de la publicité. Les abbayes sont les héritières d’une tradition plus que millénaire : depuis 820 au moins (d’après le plan de l’abbaye de Saint-Gall en Suisse), les moines brassent des bières de caractère. L’image de marque qui en résulte est irréprochable par la qualité des produits, l’authenticité, la dimension religieuse qui entoure leur fabrication et la production brassicole plus ou moins limitée que s’imposent les abbayes. Les Trappistes ont réussi à inspirer confiance, et les services du non-management, ne cédant jamais à la pression de la demande. Cette méthode de travail est un signal fort : pour survivre, le brasseur ne doit pas nécessairement grandir, mais il se doit de rester attentif à la qualité de vie et à la qualité des produits. Le consommateur contemporain, alarmé par la succession des crises alimentaires, attache une importance croissante à l’origine des produits. Pour les bières trappistes, elle est claire : la bière est brassée en abbaye.
L’Orval, bière d’exception
Pour nous Luxembourgeois, l’Orval est une véritable institution. La première bière d’Orval est sortie de l’abbaye le 7 mai 1932. Elle est restée l’unique ambassadrice de la brasserie. Un œnologue la qualifia de « chardonnay » de l’univers brassicole, pour ses flaveurs amères. Ces notes légèrement aigrelettes dues aux levures sauvages d’Orval en font une bière d’exception. Elle séduit la vue dès sa robe ambre clair à reflets cuivrés. Son perlant de type champenois remonte sous une mousse blanc crème qui se déploie en une texture ondulée quasi lunaire. Une jeune Orval présente un caractère primeur fruité exprimant des notes de bananes vertes, d’ananas et de poires. Elle bonifie avec l’âge. Après quelques années, l’amertume faiblit et cède le pas au bouquet fruité à notes acidulées. Sa puissante amertume devient une caresse au palais qui persiste en finale. Mais connaissez-vous l’Orval « verte », la bière de réfectoire qui titre à peine 3,5% de volume d’alcool ? Elle appartient à la catégorie des bières de table.
Il s’agit d’une Orval coupée d’eau, à densité inférieure et à houblonnage adapté. Elle n’est pas commercialisée mais les amateurs curieux de la connaître pourront la déguster à l’auberge de à l’Ange Gardien, dans les typiques verres calices à lettres vertes (et non bleues).
La vie monastique a des bons côtés quant le spirituel rejoint le spiritueux.
Baladez-vous donc dans les dédales de cette savoureuse exposition ouverte du 18 novembre au 17 décembre durant les heures d’ouverture de la bibliothèque et les dimanches 27 novembre et 11 décembre de 14 à 17 heures.
A noter également le 9 décembre à 20h, une rencontre littéraire avec Xavier Deutsch (amateur de bières et auteur du livre La vie commence au deuxième verre paru aux éditions Le Cri) suivie d’une dégustation (payante).
Peut-être reviendrez-vous de cette visite avec l’envie de goûter ou de préparer une mousse de cailles à l’Orval, une terrine de lapin à la Chimay rouge ou un coquelet à la trappiste de Rochefort.
Et si vous croisez une ombre titubante aux abords de la bibliothèque de Libramont, n’ayez pas peur, il s’agit probablement d’un usager ayant multiplié les visites guidées de l’exposition.
P. Dabe
(d’après J. Van de Steen).
Pour plus d’information,
adressez-vous à la bibliothèque de Libramont : 061 23 34 80