La Gaume, pays d’un dessinateur

L’association « Vitalité » et le Centre culturel de Neufchâteau organisent une exposition consacrée à Jean-Claude Servais. Intitulée  La Gaume de Jean-Claude Servais. Pays d’un dessinateur de BD .

 

Elle se déroulera du 23 novembre au 4 décembre, au Moulin Klepper, à Neufchâteau.  L’auteur de bandes dessinées donnera une conférence le vendredi 25 novembre à 20h15 au même endroit.


Né à Liège en 1956, Jean-Claude Servais étudie les arts graphiques à l’institut Saint-Luc (Liège). Ses premières planches sont publiées en 1975 dans l’hebdomadaire  Spirou. Il a publié (et publie toujours) chez les plus grandes maisons d’édition de bandes dessinées, notamment Casterman et Dupuis. Nous avons rencontré l’auteur.

L’info : Comment vous est venu ce goût pour la BD ?
JCS : J’ai toujours aimé dessiner. C’était pour moi un moyen d’expression. Ayant également lu de nombreuses BD, j’en étais donc naturellement imprégné.
L’info : Pourquoi ce type de BD ? Est-ce une attirance pour la ruralité et ses espaces verts ?
JCS : Je vis à la campagne, en plein terroir gaumais. J’ai également une abondante littérature régionale, grande source d’inspiration. Appréciant beaucoup ce type de fantastique que sont les contes et légendes rurales, j’use également des décors de la région, en fonction bien sûr des scénarios que j’écris. Depuis longtemps, je réalise à la fois scénarios et dessins.
L’info : Jean-Claude Servais : graveur, conteur ou dessinateur ?
JCS : Il est vrai qu’au début, j’étais considéré comme «graveur». Mon dessin est aujourd’hui plus épuré, surtout depuis l’utilisation de la couleur. Je suis plutôt un dessinateur-conteur, en racontant des histoires avec des dessins. C’est autre chose que l’illustration. Voilà deux facettes très différentes du même métier. D’ailleurs, quand j’écris, j’écris ; quand je dessine, je dessine. Je change d’habit.
Il y a ici à la fois une assimilation et une retranscription. Le travail de création – car il y a bien création, puisque je fais plus qu’illustrer des contes – passe par moi, à travers moi. J’utilise cette matière à ma manière. L’écriture visuelle n’est pas du roman. Ce dernier n’est pas mon langage.

Jean-Claude Servais. Extrait de L’assassin qui parle aux oiseaux, tome1
 

L’info : Les deux tomes de L’assassin qui parlait aux oiseaux paraissent simultanément en français et en gaumais. Est-ce un aboutissement ou une mode ?
JCS : Il s’agit plutôt d’une reconnaissance des Gaumais pour mon travail. Ici, cela passe mieux qu’une adaptation de Tintin, c’est plus proche.
La traduction a été réalisée par Georges Thémelin, grâce à une idée de Bernard Joannès, du syndicat d’initiative de Torgny. Ce sont des personnes motivées et compétentes. J’ai pu, pour ma part, m’arranger avec les éditions Dupuis pour un tirage de 3000 exemplaires par tome.
L’avantage, avec cette BD, est que les textes sont des dialogues, et non du narratif. Cela se prête bien au gaumais, fait plus pour être parlé qu’écrit.
Notez qu’il y a un autre support : deux CD de lecture (40 minutes chacun) par les Dijâs d’flâves, également édités par ce syndicat d’initiative.
L’info : Peut-on envisager une BD ayant pour cadre l’Ardenne ?
JCS : Mais il y en a déjà plusieurs : La belle coquetière se déroule dans le Val d’Aisne, quelque part entre Ardenne et Famenne ; dans La Tchalette, une scène se déroule à Suxy…
La plus grande partie des décors provient de Gaume, certes, mais je dépasse les frontières : on retrouve également dans ma production les Ardennes et la Lorraine françaises.
L’info : à quand «Violette et les extraterrestres» ?
JCS : Le prochain Violette aura une histoire avec un fantôme, mais pas avec E.T. Même si je vieillis, je ne suis pas encore gâteux…

 

Propos recueillis par Guy Pierrard