Libramont : Il reste des choses à améliorer

Succéder à un homme présent durant 44 années à la tête de sa commune, et qui y a œuvré avec rigueur et charisme, voilà qui n’avait rien d’évident. D’autant que les comparaisons sont alors inévitables. C’est pourtant le défi relevé par Pierre Arnould, docteur en médecine bien connu de tous les Libramontois. Une bonne année avec une nouvelle échéance électorale, le moment nous a semblé opportun pour faire le point sur l’évolution de la commune de Libramont-Chevigny. En résumé, l’actuel bourgmestre, et prétendant à sa succession, estime « que cela ne se passe pas trop mal, même s’il reste des choses à améliorer »...

Parc de Libramont
 

L’info : S’il fallait résumer la commune de Libramont en quelques chiffres ?
Pierre Arnould : Beaucoup de Libramontois l’ignorent mais, avec 17786 km2, nous habitons la quatrième plus grande commune de Wallonie en superficie, devant Léglise et Bastogne… et la première de la province ! Récemment, elle a été classée onzième dans une hiérarchie du bien-vivre en Wallonie et à Bruxelles réalisée par le magazine Le Vif. Au niveau provincial, nous sommes troisièmes, précédés seulement par Attert et étalle, deux communes fortement influencées par la proximité du grand-duché de Luxembourg et les revenus qui y sont liés. Il faut encore savoir que nous comptons 458 kilomètres de routes hydrocarbonées, ce qui explique les difficultés à déneiger tout notre réseau en hiver. Concernant notre population, nous sommes environ 9 800 habitants. Nous espérons franchir le cap des dix mille pour les élections, ce qui nous permettrait d’obtenir davantage d’échevins pour la prochaine législative. Pour y parvenir, nous devrions en théorie dépasser ce nombre avant le 1er mai 2006. En pratique, ce ne sera pas le cas, même si nous sommes certains que nous y serons fin de l’année. C’est pourquoi nous avons demandé une dérogation à la Région wallonne. Il est important de souligner que notre taux de chômage est relativement bas, aux alentours de 8%. Nous sommes aussi satisfaits de constater que 72% des personnes domiciliées à Libramont travaillent sur le territoire de leur commune. C’est un taux très élevé. Avec 130% d’emplois, la commune offre plus d’emplois qu’elle ne compte de travailleurs actifs. Elle emploie 86 personnes, à l’administration et des ouvriers. Il faut y ajouter 63 enseignants communaux et les services de garderie, de nettoyage des locaux… soit plus de 200 personnes.
Pierre Arnould
 

L’info : Et les finances communales ?
PA : Elles se portent bien. Cette année, nous enregistrons un léger déficit à l’exercice propre mais nous conservons un boni général de l’ordre de 3,5 millions d’euros. Ce qui fait notre force, c’est notre situation au centre de la province, en communication directe avec les grands axes routiers et le réseau ferroviaire. Nous bénéficions du mouvement commercial sur l’axe Libramont-Recogne que nous essayons de mieux maîtriser. Libramont, ce sont encore de nombreux services comme la Poste, la Régie, la Clinique du Centre-Ardenne…, deux grosses entreprises : L’Oréal, Solarec et un tissu bien étoffé de PME.

L’info : Libramont-Chevigny a tendance à se positionner comme le pôle fort du Centre-Ardenne. Pour d’autres raisons que celles évoquées ?
PA : Il est évident que le monde attire le monde. Beaucoup, tant des entreprises que des privés, sont séduits par notre fiscalité qui reste basse comparée à bien d’autres communes. De plus, nous offrons beaucoup de facilités aux personnes qui s’implantent dans les lotissements : eau, électricité, égouttage… De gros efforts sont toujours en cours au niveau de l’assainissement en collaboration avec la SPGE et l’AIVE, dans le cadre d’un plan triennal de dix millions d’euros. Les chantiers des routes et d’assainissement d’égouts ont été importants ces dernières années et ce n’est pas terminé. Nous disposons d’un service urbanisme depuis deux ans avec deux personnes. Parmi les travaux réalisés, citons les rues de la Cité et Jarlycin. Nous allons commencer la rue du Midi avec de nouveaux trottoirs pour améliorer la mobilité. Des travaux ont été réalisés à Laneuville avec de toutes nouvelles routes vers Wideumont, Remeau, Bougnimont… Beaucoup de chemins communaux ruraux ont été transformés en dur. Il reste néanmoins encore du travail pour remettre les chemins forestiers en état. Le parking du Centre culturel a été rénové. Il y a eu le rachat de la Maison Brasseur avec un parking à l’arrière, puis de la Maison des Sœurs en collaboration avec le service de santé mentale. La Maison Howet va devenir une maison de la peinture avec l’une ou l’autre pièce consacrée à l’œuvre de la plus célèbre peintre libramontoise… Nous avons également investi lourdement dans les écoles et les maisons ou salles de plusieurs villages. Tout cela concourt à améliorer la qualité de vie dans notre commune.

L’info : Libramont-Chevigny est une commune accueillante...
PA : Nous nous sommes lancés dans l’opération « Commune à bras ouverts », nous engageant à fournir une meilleure information et améliorer la communication envers la population. Les services sont à la fois mieux rendus et plus rapidement dans la mesure du possible. Nous voulons offrir une réponse immédiate à toute demande, répercutée illico à une personne responsable. Des échos qui nous parviennent, les personnes se disent bien renseignées, efficacement et rapidement, quand elles s’adressent à nos guichets et services : état civil, eau, immondices…

L’info : Que peut-on attendre ou espérer pour les mois et les années à venir ?
PA : D’ici quelques mois, des chancres vont disparaître comme l’ancienne caserne ou le parking Belgacom avec un passage prévu pour les étudiants entre la gare et la rue du Docteur Lomry. L’ancienne gendarmerie sera bientôt démolie. Nous attendons les crédits ! Ils nous sont promis pour dans un mois ou deux. Cela permettra la construction de bureaux de l’agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca). Une solution est en vue pour le complexe des anciens établissements Lambert. Au centre de Libramont, nous avons prévu l’aménagement des anciens bâtiments du Boerenbond avec, probablement, des salles pour compléter l’offre du Centre culturel qui tourne à plein régime. Des extensions d’égouttage sont programmées un peu partout, avec deux gros projets dans le cadre du plan triennal : voirie et égouttage à Bras-Haut pour quatre millions d’euros et à Moircy avec un collecteur vers Freux. Nous sommes dans l’attente des plans du Service technique provincial. Ces deux chantiers devraient débuter en 2006. à Neuvillers, à la rue de la Spinette, distribution d’eau et voirie vont être refaites. Nous avons également un projet de rénovation de la façade de la maison communale avec la création d’un espace en verre, de nouveaux bureaux et l’agrandissement de certains locaux.
Nous nous sommes inscrits dans le cheminement devant aboutir fin 2006 à un Plan communal de Développement rural (PCDR). Les réunions d’information et de concertation ont eu lieu dans toutes les anciennes communes et à Libramont. La Commission locale (CLDR) sera formée cet automne. De ces réunions ressort un souci de mobilité et de sécurité, un besoin de convivialité dans les villages dont les habitants aspirent à recréer des cœurs de village. Ces réunions d’information ont eu plus d’impact dans les villages les plus excentrés de la commune...

L’Info : La dernière bonne nouvelle, c’est le hall sportif ?
PA : La décision a été prise lors du dernier conseil communal. Il sera situé à Bonance, près de l’Institut Saint-Joseph. Je vois un hall d’environ 40 x 80 m pour accueillir le basket et le volley, puis d’autres salles pour les sports martiaux notamment. Ce hall fait partie d’un plan à long terme destiné à positionner Libramont comme un centre capable de rassembler plusieurs hautes écoles. Nous envisageons de relier Bonance à l’avenue d’Houffalize, là où nous disposons d’une zone de douze hectares d’équipements communautaires. Dans ce même coin de la commune, la rénovation de la zone de baignade est en vue. Il faut savoir que l’eau est reconnue comme une des plus pures du pays. L’étang actuel sera coupé en deux, le fond, bétonné. Nous rendrons ce lieu plus agréable, y compris la plaine de jeux…

L’info : Et à plus long terme encore ?
PA : Nous préparons l’avenir via l’affectation de toutes les zones d’aménagement différées, dont les zones en extension d’habitat. Il existe une vingtaine de zones de ce type dans la commune. Entre le Serpont et la rue de la Cité, nous envisageons de créer une route autour d’un espace d’environ vingt-cinq hectares appelé à devenir une zone résidentielle. Nous veillerons au développement le plus harmonieux possible de la périphérie de Libramont. Il y a encore beaucoup de terrains mais les prix augmentent. La Commue doit s’investir, non pas pour générer des bénéfices, mais en prévision de l’opportunité d’offrir un cadre de vie agréable à ses habitants. Il y a certes encore beaucoup de choses à améliorer, des efforts à consentir en matière de gestion urbanistique. Des plans d’aménagements environnementaux sont élaborés, tout comme des plans de mobilité. Nous devons aussi sécuriser la traversée de Libramont. Des rencontres ont eu lieu avec le MET pour améliorer la signalisation.

L’info : Pour conclure, quelques mots du bilan humain ?
PA : être bourgmestre d’une commune comme Libramont demande énormément de travail, surtout quand on exerce encore une autre profession. J’ai la chance d’avoir une bonne santé. Je suis satisfait que cela tourne bien. Notre équipe est très soudée et nous disposons d’une forte majorité qui travaille dans le même sens. Quand une décision collégiale est prise, tous s’y tiennent. Je suis aussi très content de l’ensemble du personnel. La confiance est réciproque. Il y a une bonne écoute et une communication constructive. Les anciens, autant que les nouveaux engagés, s’investissent comme si c’était leur entreprise. Le plus décevant reste la lourdeur administrative, les commissions et organismes à interroger, dont certains n’ont plus leur raison d’être. Parfois, certains nous mettent des bâtons dans les roues...

 

Propos recueillis par P. Willems