Souvenirs de Noël…

Tunique blanche en accordéon, burettes, crêche de paille, agapes et coq engraissé…

Nos lointains aïeux célébraient fin décembre le «Natale».  C’était une fête païenne où était mis à l’honneur le solstice d’hiver.  On vénérait le soleil parce qu’il reprenait vie en allongeant la durée de la lumière du jour.
On ne connaît pas la date anniversaire de Jésus, mais ce n’est pas la première fois que l’église s’est accordée avec une fête païenne.
à Bethléem, on fêtait la nativité. Le monde a suivi.
Les Noëls de mon enfance étaient ceux d’un zélé enfant de choeur !  Il me fallait, ce jour-là, « servir » trois messes.
D’abord, celle de minuit, la plus solennelle des trois. Nous revêtions nos soutanes rouges.  Nous riions en déployant le surplis amidonné par les soeurs, qui nous faisait une tunique blanche tout en accordéon.  Puis venait par dessus le tout un étrange col marin qu’on ne portait qu’aux fêtes. Il fallait sonner les cloches, préparer les burettes (un peu d’eau dans la première, beaucoup de vin dans la seconde…), souffler sur les braises de l’encensoir et allumer toutes les bougies.
La crèche était vivante. Un villageois dûment costumé de peaux de mouton prenait la place de saint Joseph.  La Sainte Vierge était souvent une jeune mère et l’Enfant-Jésus était son bébé tout neuf, tous installés dans la crèche de paille.
Lors de la collecte, nous passions à droite chez les hommes dont les vêtements sortis pour la circonstance sentaient la naphtaline, puis à gauche chez les femmes à chapeau où brillait l’unique manteau d’astrakan de la plus riche fermière du village…
Après la messe, on rentrait et sur la table nous attendait une pile de galettes quatre-quart, du café chaud et du pèket pour les hommes bien sûr !
Comme sapin de Noël, on ne connaissait que ceux des forêts scintillant sous la neige.
à six heures, je devais me lever pour la deuxième messe. Il fallait être à l’heure si on voulait éviter les remontrances de Monsieur le curé.  On sonnait les cloches, puis… revenaient les préparatifs à la sacristie.
à dix heures, on reprenait le boulot : toujours le même !  En rentrant à midi, c’étaient les agapes.  Parrain avait tué le coq que l’on avait engraissé toute l’année pour être à table ce jour-là.
La recette était immuable.  Les rites et le bonheur aussi…

Jean Delahaut

 

Conseil de lecture :   une nouvelle fournée de propositions parmi les nouveautés en bibliothèque et en librairie pour digérer la bûche !

Casseroles, amour et crise.
Ce que cuisiner veut dire.
de Jean-Claude Kaufmann.
édition Armand Colin.
Jean-Claude Kaufmann, sociologue, directeur de recherche au CNRS, est l’auteur de nombreux livres sur le couple et la vie quotidienne.  Son dernier opus nous entraîne vers les coulisses du petit théâtre des familles, la cuisine.  En multipliant les témoignages vivants et les analyses scientifiques, l’auteur nous montre comment de façon étonnante la famille se façonne avec les mains baignant dans la farine.  La plume savoureuse de Kaufmann, nourrie d’une érudition historique jamais indigeste, lève le voile sur les jeux de rôles, les répertoires imposés, les délices et les crises de ce lieu central de la maisonnée.  Un ouvrage indispensable en ces temps de
libations surnuméraires. 

Falaises, d’Olivier Adam.
édition de l’Olivier.

étretat.  Sur le balcon d’une chambre d’hôtel, un homme veille.  Au bout de son regard : les falaises éclairées d’où s’est jetée sa mère vingt ans plus tôt.  Le temps d’une nuit, le narrateur déroule le film de sa vie, cherche dans sa mémoire rétive les traces de cette mère disparue.  Ce qu’il puise dans ses souvenirs : un flot d’images, de sensations, de lieux, d’apparitions.  Et cette question : comment suis-je encore en vie? qui m’a sauvé ?
Olivier Adam, jeune auteur né en 1974, livre dans ce cinquième roman toute la quintessence de son style et de son inspiration.  
Il faisait partie des quatre derniers sélectionnés pour le Goncourt et se présentait comme le véritable outsider de Weyerganz et de Houellebecq.  Nul doute que ce n’est que partie remise.  Un auteur à découvrir de toute urgence.

Bestiaires insolites, de Patrick Virelles et Alain Régnier. 
édition Bernard Gilson.
La plume de Patrick Virelles ainsi que le pinceau et la gouge d’Alain Régnier ont marié leur savoir-faire pour rétablir enfin la vérité et démontrer que Dieu, au sixième jour, prit une côte à chacun des animaux qu’il avait conçus la veille afin de les assembler pour nous créer, nous, ces créatures imparfaites, les hommes et les femmes.  Au septième jour, les yeux lavés par la nuit, il découvrit, consterné, le gâchis : ses créatures imparfaites.  Honteux à ne savoir où se cacher, il prit alors modèle sur l’autruche et, pour l’éternité, enfouit son auguste tête dans un cumulus.  Depuis, il reste sourd
à nos lamentations et à nos prières…Un zoo désopilant
et superbement illustré.

Le dictionnaire culturel en langue française,
sous la direction d’Alain Rey. édition Le Robert.
Si votre Père Noël est généreux,
il n’hésitera pas à vous offrir ce remarquable outil documentaire et ludique.  En partant du principe que « chaque langue est apte à tout dire et chaque mot condense une parcelle de l’humanité tout entière », cet ouvrage en quatre volumes révèle ce qui se cache derrière chaque mot : un vaste réseau culturel et historique.  Plus de 100 auteurs réunis dans une équipe de rédacteurs spécialisés racontent en 1320 articles de synthèse la dimension culturelle des mots à travers le temps, l’espace et les civilisations.  Par la traduction des grands textes de toute l’humanité, ce dictionnaire aborde les mots et les idées d’Euripide, Virgile, Dante, Shakespeare, Cervantès, Einstein… au travers d’une présentation claire et originale.  Une passionnante plongée au cœur de cette langue française en perpétuelle évolution.

Bonnes fêtes au chaud de ces pages.  
P. Dabe