Le Grand Cormoran hiverne chez nous

Présent dans le bassin de la Sûre, mais aussi celui de la Semois et sur certains bras de la Vierre, comme à Martilly où on peut l’observer fréquement, le Grand Cormoran est en séjour hivernal chez nous. Piscivore, l’oiseau est redouté par les aquacultueurs. Bénéficiant d’un statut de protection intégrale, il est un pêcheur mal aimé.

 

Le Grand Cormoran
Rudy Dujardin / Aves Natagora

 

Au XIXe siècle, le Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo) était chassé de façon très intensive et un déclin important des populations se marqua jusque dans les années 1970.  Il fut ensuite protégé intégralement par la Directive européenne de 1979.  à partir de cette époque, le développement des populations fut généralisé à travers toute l’Europe.  Même si sa présence est naturelle dans nos contrées (le Grand Cormoran fait partie de notre faune indigène), l’importance de sa population est étroitement liée aux activités humaines. 

 

Le Grand Cormoran
Rudy Dujardin / Aves Natagora
 
Le Grand Cormoran
Photo Jules fouarge / Aves Natagora
 

 


Depuis quelques années maintenant, l’espèce est observée en Région wallonne, principalement en hiver.  Chaque automne, tous les regards scrutent le ciel avec inquiétude.  Cet oiseau n’a en effet pas bonne réputation. Presque exclusivement piscivore, il est cependant assez opportuniste et se nourrit d’un large spectre de proies.  Même si la composition du régime alimentaire varie d’un endroit à l’autre, il apparaît que les cyprins (poissons blancs) en constituent l’essentiel (de 50 à 90 % en poids).  C’est un migrateur partiel. Certains oiseaux restent donc toute l’année sur leur site de reproduction.  En période estivale, ils se rassemblent en colonies dont les plus grandes sont situées aux Pays-Bas, en Allemagne et au Danemark. Deux colonies de faible importance se sont établies en Wallonie récemment (toutes deux en province de Hainaut) mais la population hivernante est actuellement bien plus élevée que celle présente en été. Les comptages des derniers hivers estiment la population hivernante wallonne à 4000 individus, dont une bonne majorité se cantonne dans la vallée de la Meuse.  à titre de comparaison, les dortoirs de la Sûre semblent ne pas dépasser plus de 25 individus.
Le retour du Grand Cormoran dans la vallée de la Sûre est un phénomène récent.  à la fin des années 1990, une étude réalisée au grand-duché du Luxembourg avait pour objectif de mettre en évidence l’impact de l’espèce sur les populations de poissons. Les résultats démontraient alors que, dans les cours d’eau du bassin de la Sûre, la présence de ce prédateur ne causait pas une diminution significative du stock de poissons.  Il faut cependant noter que, depuis lors, la situation a évolué. La pression exercée par l’espèce dans les étangs de la région est notamment devenue plus élevée.

Bénéficiant d’un statut de protection intégrale, l’espèce a largement profité de « l’artificialisation » des vallées (création de plans d’eau, canalisation…) et, dans une certaine mesure, de l’eutrophisation des cours d’eau (augmentant la biomasse en cyprins).  Mais elle est surtout devenue très performante dans l’exploitation de nos piscicultures. Qu’elles soient de production intensive ou extensive de truites ou de gardons, beaucoup d’entre elles ont eu à souffrir du grand appétit de ce pêcheur mal aimé. 
Bien que des compensations puissent être théoriquement accordées aux pisciculteurs victimes de ses dégâts, il est urgent d’apprendre à mieux le connaître, en vue de mieux réguler sa présence, peut-être en commençant par « re-naturer » nos vallées…

Sources : Journal du Parc Naturel de la Haute-Sûre et de la Forêt d’Anlier