logo
Published on L'info (http://www.info-ardenne.com/ardennes)

Les forges de Waillimont

By Olivier Weyrich
Créé 18/04/2006 - 15:10

Dans son bulletin semestriel, le Cercle Terre de Neufchâteau a publié, signé par Jean-Claude Delhez,  un article très complet sur les forges de Waillimont (Biourge) sous les Gerlache.
Voici quelques extraits.

 

Château de Biourge
 
Chateau de Biourge
 
 

 

 C’est le 20 décembre 1747 que Jean-Louis de Gerlache, alors locataire de l’usine sidérurgique de Berchiwé (Meix-devant-Virton), achète au jésuite Antoine de Marchant les forges de Biourge. Cette acquisition concerne trois sites distincts : le château de Biourge (Bertrix), résidence du maître de forges, la forge de Waillimont, écart sis à mi-chemin de Menugoutte, Saint-Médard et Martilly (Herbeumont), et enfin le Fourneau Marchant établi dans un vallon au sud de Buzenol et Sainte-Marie-sur-Semois (Étalle).  À Waillimont, il y a une forge, une platinerie, une maison de facteur et un étang, le tout en très mauvais état.

 

portrait de Jean-Baptiste de Gerlache.
 

 


En 1765, Jean-Louis de Gerlache (1711-1787) quitte le château de Gomery (Virton), où il résidait jusque-là, pour lui préférer celui de Biourge. François de Gerlache (1743-1791) prend aussitôt en main la gestion des usines. À son décès, à l’âge de 48 ans, sa veuve encadre le bref écolage de leur fils Jean-Baptiste (1767-1833), qui assume la succession de son père dans les circonstances difficiles de la Révolution française et de la guerre franco-autrichienne. Jean-Baptiste de Gerlache sera contraint d’éteindre la forge de Waillimont le 30 juin 1823. Il essaiera sans succès de louer ensuite la forge à Simonet, sidérurgiste à Grandvoir; ses successeurs ne réussiront pas plus à la vendre à la S.A. des hauts fourneaux du Luxembourg en 1837. Au moment où sa carrière de maître de forges prend fin, Jean-Baptiste s’efface devant son frère Constantin de Gerlache, qui sera notamment le président de la commission de la Constitution belge (1830), du Congrès national et du conseil des ministres (1831), tandis que son petit-neveu Alexandre fondera l’usine moderne de Differdange.

 

Seul bâtiment des forges subsistant en 1965 et aujourd'hui disparu
 



Au coeur d’un domaine de 58 hectares, la forge de Waillimont se niche au confluent de la Vierre et du ruisseau de Grandvoir. Le site comprend un étang sur la Vierre, une forge d’affinage, une platinerie, un bocard, une forgette de maréchal, trois halles à charbon (sous le bois, sur le chemin entre la maison et la forge et dans les prés), une maison de porteur de charbon et une maison de régisseur. La forge relève du type classique à trois feux  et un marteau, l’ensemble activé par des roues hydrauliques.
Sa vocation tient dans la transformation des gueuses de fonte en barres de fer. La platinerie travaille au martinet (gros marteau) une partie des barres de fer en vue de la fabrication de produits plats. Quant au bocard, il concasse les scories de la forge pour récupérer les pertes de métal. En 1799, la platinerie est transformée en demi-forge (ou petite forge) par la conversion du feu de chaufferie en feu d’affinage en renardière. Elle peut dès lors tout à la fois platiner (avec certaines limites de taille) et affiner comme la grande forge (mais à un niveau de production moindre).

Les usines sont dirigées par le baron de Gerlache, qui réside au château de Biourge. C’est un maître de forges actif, qui négocie les ventes avec ses clients, qui rétribue les ouvriers de la forge, intervient dans certains contrats d’embauche, dans les achats de bois, voire dans les approvisionnements en minerai… Il suit attentivement l’évolution de ses usines, du marché sidérurgique, de la conjoncture économique.
Après le maître de forges viennent les facteurs. Ce sont les directeurs des usines. Ils résident sur place, dirigent au quotidien le travail des ouvriers. Leur fonction est aussi et beaucoup celle d’un trésorier, en particulier le facteur du Fourneau Marchant investi d’une certaine autonomie à cause de l’éloignement du château de Biourge. Le facteur commande et paie les approvisionnements, rémunère les ouvriers, tient la comptabilité de son usine, intervient auprès des autorités locales.
Viennent ensuite les ouvriers. La nomenclature des postes de travail ne varie guère avec le temps. Le fourneau occupe un maître fondeur, un petit fondeur, deux chargeurs, deux bocardiers et un manoeuvre, soit 7 ouvriers. La forge emploie 4 forgerons par feu, soit 4 à la chaufferie (le chauffeur, le marteleur et leurs valets) et 4 à chacune des deux affineries (l’affineur, le faiseur de pièces et leurs valets). En comptant le bocardier, cela représente 13 ouvriers. S’y ajoute l’un ou l’autre porteur de charbon, voire un maréchal ou un charpentier. La platinerie occupe deux ouvriers. À l’inverse des autres, sauf exception, ils n’appartiennent pas au personnel salarié de l’usine. Ce sont des platineurs extérieurs qui louent l’outil de travail pendant une petite période de l’année. Lorsque le fourneau est à feu, que la forge marche à double et que la platinerie fonctionne, les forges de Biourge peuvent occuper à plein temps de l’ordre de 25 ouvriers.

On constate une écrasante majorité de forgerons originaires du village de Chiny. La liste des ouvriers, en annexe, confirme cette orientation géographique qui peut paraître surprenante. Pas moins de 11 km séparent en effet Chiny de Waillimont, soit 2 heures de marche à pied. Il faut supposer que les ouvriers se rendaient au travail à cheval ou en charrette rapide sans quoi ils auraient perdu 4 heures chaque jour pour le trajet. Ce qui étonne surtout, c’est que les forgerons de Chiny semblent avoir évincé les ouvriers des villages voisins de la forge. Est-ce une question de compétences, une volonté du maître de forges ou une mainmise clanique des fils d’un village sur un gîte d’emploi_? Les archives de Biourge n’apportent aucune réponse à la question.
Outre ses ouvriers sidérurgistes, l’usine emploie ce que l’on pourrait appeler des sous-traitants ou des saisonniers. Il s’agit de personnel chargé des transports et de l’approvisionnement en matières premières, payé à la tâche et indépendant de l’usine.

Les expéditions de fer nous sont connues entre 1775 et 1805. Il apparaît, au poids, que 63% de la production se vend à Liège pendant cette période, 20% à Sedan, 12% dans le duché de Luxembourg/département des Forêts et 5% dans le bassin de Charleroi.
Avec près des deux tiers des livraisons, Liège figure comme le débouché principal des usines de Biourge.

Extrait du Bulletin semestriel du Cercle Terre de Neufchâteau (n°2-2005), J.-Cl. Delhez, Les Forges de Waillimont (Biourge) sous les Gerlache (XVIIIe-XIXe siècles).

Excursion annuelle du cercle Terre de Neufchâteau

Le cercle Terre de Neufchâteau a le plaisir de vous inviter à son excursion annuelle qui se déroulera le samedi 13 mai 2006. Cette année, la région de Sarreguemines nous fera découvrir des vestiges celtes et romains ainsi que la célèbre faïence de Sarreguemines.Programme : 7h30 départ de Neufchâteau (parking Saint-Roch),
10h30 visite guidée du parc archéologique européen de Bliesbrück-Reinheim. Nous pourrons y admirer la tombe d’une princesse celte parée de ses somptueux bijoux et de remarquables thermes romains bien préservés. 12h30 dîner libre à Sarreguemines, 14h30 visite guidée du Musée de la Faïence (avec le célèbre jardin d’hiver) et de ses superbes collections. 16h visite guidée du Musée des techniques faïencières où l’on peut découvrir dans un magnifique bâtiment (le moulin de la Blies) le processus de fabrication de la faïence. Retour vers Neufchâteau vers 20h30,
Prix : 36 euros/pers.
Rens.et réserv. : 061 27 70 75.


Source URL:
http://www.info-ardenne.com/ardennes/node/503