Bien conduire un véhicule, c’est éviter les accidents. Et cela s’apprend !

Le secteur des auto-écoles est en ébullition. Certains évoquent déjà sa disparition. En cause, selon ses responsables, les projets d’un ministre des Transports et de la Mobilité qui mettrait tout en œuvre pour diminuer les bases pourtant indispensables à la conduite d’une voiture. L’Info a rencontré André Jacob, responsable de l’Auto-école des Ardennes.

 

André Jacob
 
Auto école des ardennes
 
Auto école des ardennes
 
 
 

 

«Mon père, Camille Jacob, a d’abord été grossiste en vélos et vélomoteurs pour toute la province de Luxembourg. Il gère alors en parallèle un magasin et un atelier rue des Alliés à Libramont. à la suite d’un accident de voiture, il prend conscience du manque d’enseignement au niveau du code de la route. Visionnaire, à une époque où l’on commence à octroyer des crédits pour l’achat des automobiles, il se dit que la multiplication du nombre de véhicules va se répercuter sur les problèmes de circulation. Il décide alors de s’orienter vers cet enseignement en lançant son Auto-école des Ardennes», explique André Jacob.
C’était en 1966, avant même le permis de conduire officiel qui s’est imposé deux ans plus tard. Il installe à l’avant de son commerce de deux-roues une petite salle de cours, modulable avec des cloisons, qui s’est par la suite progressivement agrandie. Il a ensuite ouvert une auto-école à Arlon, puis une troisième à Marche-en-Famenne. « Mon père ayant besoin de personnel, je suis venu le rejoindre dès mes 21 ans, précise André. J’ai présenté mes examens de moniteur en 1974, puis j’ai commencé à travailler avec lui, délaissant mes études de droit. J’ai pris le statut d’indépendant aidant et j’ai donné un nouvel élan à l’entreprise, en ouvrant deux nouvelles écoles, à Virton et à Paliseul. J’ai par la suite passé les différents brevets : pratique, théorie, accès à la profession via le brevet de directeur…» Plus tard, une autre école s’est ouverte à Bertrix. Tous ces sites sont toujours opérationnels aujourd’hui.
Actuellement, l’Auto-école des Ardennes est une entreprise qui occupe quatorze personnes temps plein et un temps partiel.

« En trois décennies, la profession a fondamentalement changé pour deux raisons, explique le patron de l’auto-école. La première, c’est la hausse des prix et une imposition de 21% de TVA qui a fait énormément de tort, rendant relativement coûteux l’accès aux formations. Je dis relativement parce qu’un permis camion coûte aujourd’hui 650 euros en Belgique alors qu’il coûte minimum 1500 euros en France. La deuxième raison, c’est la possibilité offerte de passer par d’autres organismes que les seuls organismes professionnels. Depuis lors, la hausse au niveau des accidents est évidente. Et le lien de cause à effet l’est, à mon avis, tout autant.» Rappelons que, jusqu’en 1968, il suffisait de se rendre à l’administration communale et de demander son permis pour en devenir détenteur. Et ce, sur une simple déclaration sur l’honneur certifiant que l’on savait conduire ! Dès 1968, avec l’instauration du permis de conduire officiel, il fallait suivre un cours de théorie, facultatif, puis passer un examen théorique dans le bâtiment du contrôle technique à étalle. Suivait une obligation de rouler sous licence d’apprentissage, le plus souvent avec les parents. « L’autre formule proposait de suivre un cours de théorie à l’auto-école, passer l’examen puis suivre un cours de pratique, lequel diminuait le temps de licence. En ce temps-là, la TVA était de 6%.» En 1977, examens théorique et pratique ont été rendus obligatoires dans un centre d’examen agréé. Avec toujours la possibilité de s’y préparer via la filière libre. En province de Luxembourg, les trois centres d’examen agréés sont situés à Arlon, Bastogne et Marche. Dans cette double possibilité, jusqu’à présent, il y avait obligation pour celui qui voulait étudier seul et qui ratait par deux fois ses examens, de passer ensuite par une auto-école. Cette formule a été revue et supprimée en 2004 au niveau du théorique. « Peu de gens le savent mais certains candidats réussissent leurs examens à la quarantième ou cinquantième fois, en payant à chaque fois 15 euros ! Les auto-écoles, elles, demandent 100 euros pour un cours de douze heures de théorie, donné par des professionnels. TVA incluse !» soupire André Jacob.

Propos recueillis par
P. Willems
 
 
Est-ce prudent de confier un apprentissage aussi important à un grand-père, un voisin ou un copain? Qui conduisent comment ? 
 
« Il existe effectivement une forte concurrence des mutuelles et des syndicats qui ont créé des asbl. Ils ne se positionnent pas comme des concurrents aux auto-écoles mais comme des organismes d’aide à la filière libre. Si nous considérons la création d’une asbl telle que Forca, nous sommes en face du regroupement de deux syndicats bien connus, qui organisent des cours de pratique et de théorie, mais de manière non officielle ! Il existe même, et c’est un comble, des subsides débloqués pour aider ce type de filières. Notre fédération s’est battue pour les faire considérer comme de la concurrence déloyale. Le dossier est toujours au Conseil d’état…
La tendance actuelle est de ne plus soumettre les candidats conducteurs à un enseignement de qualité. Dans les projets du ministre, par exemple, un jeune pourrait conduire aux côtés d’une autre personne, pendant une durée illimitée, à la seule condition que ce « guide bénévole » soit âgé de plus de 26 ans et possède un permis de conduire depuis au moins 8 ans. Mettons-nous un seul instant à la place du père de famille qui veut que son gosse conduise dans de bonnes conditions. Est-ce prudent de confier un apprentissage aussi important à un grand-père, un voisin ou un copain ? Qui conduisent comment ? Qui lui apprendront de quelle manière les gestes qui sauvent ? D’après nos statistiques, 25% des véhicules qui roulent sont aujourd’hui en défaut d’assurance. On ajoutera alors au moins 25% de véhicules conduits par des gens qui n’ont pas de permis et n’ont pas reçu d’apprentissage sérieux…
Après cela, on tentera de nous persuader qu’il y a une volonté de réduire les risques d’accidents ! Certes, la sécurité active et passive des véhicules s’améliore, le réseau routier aussi. On peut imaginer bientôt des voitures équipées de cellules de survie et avec des arceaux de sécurité comme en compétition automobile, des autos limitées électroniquement à 60 km/h, des bacs à sable dans chaque virage… Soyons sérieux, il y aura probablement moins de morts mais nous sommes loin de cette situation. Nous devons dès maintenant tout faire pour que les accidents soient moins dramatiques. Or on ne donne pas aux jeunes les moyens pour éviter les accidents. On ne s’en prend pas à la racine du mal. Dans les autres pays européens, il est obligatoire de passer par une auto-école et le niveau de l’enseignement est sans cesse rehaussé, Ici en Belgique, c’est tout le contraire…
Nous ne sommes pas opposés au système de la licence d’apprentissage. Ce que nous voulons, pour la sécurité de tous, c’est que les parents comprennent qu’ils doivent apporter leur contribution dans l’éducation à la conduite de leurs enfants. Ils doivent s’impliquer. Personne ne construit un édifice sur des bases instables. La conduite d’un véhicule nécessite un socle d’enseignement solide avant de construire son expérience…»