Vol autour de la terre
Cette fois, c’est un véritable pigeon voyageur que nous allons rencontrer. Il s’agit
de Marc Gouverneur, 36 ans, originaire de Bertrix, il habite actuellement au royaume de Bahreïn, depuis janvier 2003. Cette île de 695 km2 est située entre l’Arabie Saoudite, les émirats arabes unis et Oman.
L’info : Comment êtes-vous arrivé dans ce royaume surprenant ?
Marc Gouverneur : Tout simplement, parce que j’ai été recruté par une agence britannique qui recherchait des cuisiniers pour un nouvel établissement aux Antilles. Par la suite, ces contacts m’ont permis de passer une interview à Paris, pour l’obtention d’un emploi dans une compagnie aérienne du Moyen-Orient, la Gulf Air.
L’info : Vous avez toujours travaillé dans la restauration ?
M.G. : C’est seulement à l’âge de vingt-cinq ans que je me suis orienté vers ce secteur. J’ai suivi des cours du soir et j’ai travaillé dans des Relais-châteaux. Je suis devenu chef-pâtissier…
L’info : Quelle est votre tâche chez Gulf Air ?
M.G. : Je vole principalement sur des Airbus A330 et 340. Mon travail consiste à m’occuper exclusivement des clients de première classe volant pour ma compagnie : l’accueil à bord, l’offre de menus, le conseil sur la carte des vins et le dressage des différents mets proposés. Mon métier demande une grande souplesse et une bonne flexibilité. Les clients dont nous avons la charge sont souvent des personnages importants ou des hommes d’affaires. Ils sont arabes, asiatiques ou européens… Leurs attentes sont très différentes!
L’info : J’imagine aussi que vous avez vu de nombreux pays ?
M.G. : Oh oui ! Mes destinations sont très variées : Bangkok, Hong-Kong, Manilla, Singapour, Sidney, Paris, Johannesburg, Dublin, et toutes les destinations du Moyen et Proche-Orient. Et étant donné que mes temps de repos sont assez importants, cela me permet de pouvoir visiter les pays non traversés. J’ai des réductions sur les vols, cela me garantit quasiment la gratuité des destinations. Grace à ces voyages, je peux rencontrer des personnes de différents horizons.
L’info : Qu’est-ce qui vous motive à voyager autant ?
M.G : Vous savez, mes collègues et hôtesses sont issus de nonante-deux pays ! Cela me donne envie de découvrir le monde. Et vous pouvez me croire, les voyages favorisent l’ouverture d’esprit!
L’info : Qu’entendez-vous par là ?
MG. : Grâce à ces nombreux voyages, j’ai pu me rendre compte combien la vie en Europe ou à Bahreïn est bien agréable, comparée à celle d’autres pays. Ce constat vous remet les pieds sur terre. Voir la misère de près, c’est très différent de la découvrir à travers un écran de télévision.
L’info : Le style de vie à Bahreïn, comment est-il ?
M.G. : Il se siture entre l’Arabie Saoudite et Dubaï. C’est-à-dire entre l’Islam au sens pur du terme et l’extravagance de Dubaï. Ici, le port du voile n’est pas obligatoire, mais il y a tout de même des mosquées et le rituel des prières cinq fois par jour.
Je pense que ce qui est important lorsque l’on se retrouve dans un pays où la culture et la religion sont différentes des siennes, c’est respecter les us et coutumes du pays d’accueil. Mes compatriotes européens et moi-même, nous nous sentons à l’aise et en sécurité à Bahreïn. On peut se promener à trois heures du matin sans aucun problème ! Il y a des discothèques, des magasins où l’on vend de l’alcool et des produits européens.
L’info : Somme toute, c’est assez ressemblant à chez nous…
M.G. : Oui, mais il ne faut pas croire non plus que c’est « soirées à gogo » ! Le respect de la culture et des moeurs est une règle. L’alcool est interdit en rue. Comme il est par exemple interdit de boire de l’eau en rue, lors du ramadan.
L’info : Vous côtoyez beaucoup d’autres nationalités à Bahreïn ?
M.G. : Le personnel qui travaille dans le secteur du bâtiment est originaire du Sud-Continent Indien (Népal, Bhoutan, Pakistan…) et celui du secteur hôtelier provient principalement des Philippines. D’ailleurs… ce personnel est assez exploité. Mais le gouvernement a promulgué de nouvelles lois pour remédier à ce problème. Actuellement, le pays investit massivement dans le tourisme afin d’attirer le monde des finances… Un tout nouveau quartier situé en bord de mer est en construction pour séduire ce nouveau public.
L’info : Et le climat, il n’est pas trop difficile à supporter ?
M.G. : L’été à Bahreïn, il fait 45 degrés la journée, et la nuit les températures ne descendent pas en dessous des 30 degrés! On est obligé de climatiser durant trois mois de l’année. Il faut donc trouver son rythme de vie. D’un autre côté, la piscine est accessible toute l’année, à l’exception de décembre et janvier. Pour vous donner une idée, les piscines doivent être refroidies l’été… sans quoi les baignades sont impossibles !
L’info : …et vous comptez rester sur place, vu ces conditions de vie agréables ?
M.G. : Il s’avère que j’ai rencontré ici l’âme sœur… qui est aussi hôtesse de l’air. Mon prochain challenge est de trouver un emploi de cuisinier à Taiwan, d’où elle est originaire. Il va me falloir aussi apprendre le mandarin, qui est une condition essentielle pour s’établir dans ce pays. Là-bas, tout paraît rempli de simplicité, et les gens sont très chaleureux.
L’info : Vous en parlez avec beaucoup d’émotion…
M.G. : Vous savez, avec tous ces voyages, j’ai appris une chose essentielle : un sourire ne coûte rien et il aide bien souvent à briser la glace…
Propos recueillis par G. Franceus