Et la bande dessinée alors ?

Mille choses à connaître et à apprendre sur la bande dessinée, considérée aujourd’hui comme étant le 9e art. Des artistes luxembourgeois vont même jusqu’à s’exporter à Angoulême.Etienne Willem, équilibriste passionné, auteur d’une  bande dessinée intitulée  Vieille Bruyère et Bas de Soie, se livre à nous, sans filet.

 

bande dessinée
 

 

A Libramont, le croirez-vous, se cache, un jeune scénariste et dessinateur de bandes dessinées. En effet, dans l’enclave du petit village de Saint-Pierre, son lieu d’adoption, Etienne Willem, qui pourtant a fait d’excellentes études «sérieuses» a soudain  mal  tourné.  Et pour cause, celui qui a non seulement choisi de travailler dans un studio de dessins animés, s’est également tourné tout naturellement vers sa passion d’enfance, à savoir le dessin. Passion qui, nourrie par la littérature de polars tels que ceux d’Agatha Christie, est devenue au fil du temps  création de bandes dessinées. Un genre littéraire que les petits et les grands connaissent bien pour avoir appris à lire et à prendre contact avec le livre via ce support. Parti de lectures aussi hétéroclites que les romans fantastiques, historiques ou autres, Etienne Willem a peu à peu intégré l’univers du polar anglais qui fait partie, dit-il d’un inconscient collectif.
«Le polar offre une distanciation, une liberté par rapport au sujet, ce qui n’est pas permis ailleurs. Et de s’expliquer en disant que ce qui est de l’ordre de l’historique, par exemple, demande un apport de documentation, de temps et de recherches. Avec le polar, moins de contraintes : on peut se permettre une gymnastique intellectuelle focalisée essentiellement sur l’imaginaire». Divertissement, récréation de l’esprit que notre Libramontois met en pratique en plantant, avec le plus grand soin,  un sujet, une ambiance à travers ses histoires qu’il mène d’un bout à l’autre.

Prédispositions

Comme tous les enfants,  Etienne Willem, aimait à dessiner.  Avec plaisir, assiduité et en présentant visiblement, certaines prédispositions. Son métier, bien sûr, a encore favorisé ce don du dessin par son apprentissage technique : composition d’une image et autres aspects pratiques. Varier en permanence, apporter différents angles de vue, de contre-plongée donne évidemment une grande puissance au contenu.  Un changement pour les lecteurs, habitués à de grandes images en cinémascope.  Ce moyen d’expression populaire plaît énormément à notre auteur, pour qui la bande dessinée est une porte pour le futur.  Dommage, dit-il, que je n’aie pas plus de temps pour m’y consacrer. Il faut, en priorité, avoir un moyen de subsistance, ce que n’offrent pas l’écriture et la conception de bandes dessinées.  Dans la conjoncture actuelle, peu d’auteurs peuvent en vivre.  Ce genre littéraire ne présente, pas en effet, la dimension commerciale tant recherchée aujourd’hui.

L’avis du SDAC

Vieille Bruyère et Bas de Soie
est le titre général de la bande dessinée d’Etienne Willem, constituée de deux tomes très colorés où le récit marie habilement textes et images.  Intéressé par ce travail de qualité ainsi que par celui de deux autres artistes luxembourgeois, le Service de la Diffusion et de l’Animation culturelles de la Province de Luxembourg (SDAC), a décidé de leur octroyer une place de choix à Libr’Art, salon  dernièrement présent à la Halle aux Foires de Libramont.  Un espace est donc, en exclusivité, réservé à ces trois jeunes dessinateurs, tous âgés de moins de 35 ans : Anthony Collard, Stédo et Etienne Willem.  Croquis préparatoires, esquisses et planches terminées y étaient largement exposés et commentés par Jean-Claude Servais qui les a généreusement  parrainés.Selon Frédéric Philippin du Service culturel provincial, il était indispensable de prêter main forte à un moment donné ou à un autre à la jeune bande dessinée en province du Luxembourg 2006 en fut la cuvée.  Ce projet, inscrit dans une tradition perpétuée depuis 1989, a fait suite à sept autres expositions visant à promouvoir l’art et l’artisanat chez nous.

Edition

Avec un peu de regret dans la voix, Etienne Willem nous confie qu’il aurait  dû arriver sur le marché de la bande dessinée vingt ans plus tôt.à cette époque, les éditeurs étaient très soucieux des débuts – sans doute encore pleins de maladresse, – de leurs auteurs.  Ils tablaient sur leur évolution et sur l’accomplissement futur de leur art.  Aujourd’hui, les maisons d’édition demandent aux auteurs d’être directement «au top» sans envisager que ceux-ci puissent être perfectibles au fil du temps.  Autant dire qu’il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus ! Bousculé par les uns puis par les autres, Etienne Willem aboutit en Suisse aux éditions Paquet, où était déjà publié Jérôme Jouvray, une de ses connaissances.  Le directeur de cette maison d’édition, Pierre Paquet non seulement est un véritable passionné mais il ne cible pas un seul public.  Chez lui, tout est diversifié, contrairement à la majorité des autres éditeurs qui, pourtant, aujourd’hui en viennent à ce fonctionnement.  Pierre Paquay est, en quelque sorte, «un visionnaire».Lieux de rencontre
Pour les auteurs de bandes dessinées, les festivals sont, par excellence, les endroits de prédilection pour rencontrer les lecteurs, mais aussi pour échanger avec leurs pairs leurs moments de créativité :  «Un mal nécessaire s’il faut se faire connaître».
C’est ainsi qu’à force de parler avec des gens qui ont des conceptions différentes des siennes, Etienne Willem en est venu à se demander s’il ne pourrait pas jouer un morceau, non pas à quatre mains mais à deux mains.  L’un s’occupant du scénario, l’autre des dessins.  «Travailler seul, autrement dit, être seul maître d’un projet était un choix mais un choix de pure folie.  Si un jour je travaille avec quelqu’un, je souhaiterais garder la partie dessin». Dans ce monde où l’on se pousse des coudes, les petits festivals restent un nec plus ultra : les individualités sont respectées et chacun y trouve sa place. Ce qui n’est pas le cas des gros festivals tel celui d’Angoulême qui est plutôt programmé à l’intention des éditeurs.  Mais il faut se faire une raison, ce festival est la meilleure référence...Et pour preuve, Pierre Paquet attend avec impatience la prochaine édition de ce dernier qui aura lieu fin janvier 2007, pour sortir le troisième tome de Vieille Bruyère et Bas de Soie de notre dessinateur et scénariste, Etienne Willem. 

Rendez-vous donc au festival d’Angoulême avec l’atypique inspecteur Arbuckle !

C. Leyder