La folle passion de «diseur»

Contes, poèmes, lettres, extraits de romans… pour Miguel Lamoline, la trentaine, tout est bon à dire. Du classique au contemporain,il va là où la parole le mène.

 

Miguel Lamoline
 

 

Pas de textes de prédilection. Il fonctionne aux coups de cœur ou à la «commande». Libre dans sa tête, Miguel Lamoline est néanmoins soucieux de tout : du fond comme de la forme, du respect de l’œuvre, de son auteur, de la force du texte, de sa beauté, de sa sonorité. Il avance comme la mer. Il va et vient. Prend son travail. Le repose. S’en imprègne. Ramasse les mots. Se recentre jusqu’au moment où la parole peut jaillir. Rencontre. L’Info : «Diseur» n’est pas votre métier. Au fait, quel est-il ? M. L. : Je suis instituteur. «Diseur» est une passion que j’exerce sur le côté avec beaucoup d’engouement. «Rien que du bonheur !» L’Info : Justement : diseur ou récitant ? Quel est le terme adéquat ? M. L. : à vrai dire, je n’en sais trop rien. Les deux sont similaires. Diseur présente peut-être un aspect de plus grande ouverture. En outre, il y a une connotation moyenâgeuse qui me plaît beaucoup. L’Info : Quel est votre parcours par rapport à cette passion ? M. L. : Le théâtre m’a toujours plu. L’intériorité vers l’extériorité me convient bien. Pendant mes études d’instituteur à Liège, j’ai commencé à prendre des cours de théâtre à l’académie. J’étais obligé de compléter mon horaire par autre chose. Je me suis dirigé vers les cours de diction, déclamation. Le virus m’a pris. J’ai continué trois ans. De retour à Vaux-Sur-Sûre où j’ai tout de suite exercé mon métier, je me suis renseigné pour reprendre des cours, de déclamation. J’avais désormais ça dans le sang. Cela a duré sept ans. Le cycle complet. J’ai eu de très bons professeurs qui m’ont appris la rigueur, à me fixer des exigences. Ils plaçaient la barre très haut. être apprenti, on ne le reste pas toute sa vie. J’ai commencé à voler de mes propres ailes, en paniquant un peu, je l’avoue. Depuis, je fais également du théâtre au Théâtre de la Marquise à Libramont. Ce travail est complémentaire de celui de récitant. L’Info : Quels sont vos genres de prestations ? M. L. : Tous les genres. Dernièrement, le jour du 11-Novembre, je me suis rendu à Anloy au cimetière militaire, sur demande de M. Evrard de l’Escargon à Redu. C’est l’année de la lettre. Je suis donc allé dire des lettres de soldats français et allemands de la guerre 1914-1918. Nous étions sept lecteurs. Malheureusement, l’évènement n’a pas fait l’objet de publicité. Peu de gens étaient présents. J’ai également participé, toujours sur le thème de la lettre, à un récital: trois chanteurs et moi. Un spectacle à la fois intimiste et très vivant. Quelques bougies, le chant et des textes déclamés. J’ai également participé à la présentation d’un recueil de poésie. La difficulté était d’enchaîner les poèmes. En 2005, j’ai eu le coup de cœur pour un roman de Nicolas Keszei (un jeune auteur belge, journaliste de 34 ans) intitulé Peau de clown. L’histoire très dure de deux adolescents, une fin qui se termine mal. J’ai décidé de monter un one-man-show à partir de ce livre. J’ai pris contact avec l’auteur et l’éditeur. Dès que j’ai eu le feu vert, j’ai démarré. J’ai pu le jouer au Centre Culturel de Bastogne en mars 2006. Je le reproduirai le 27 avril 2007 à Florenville, à Liège un peu plus tard. Il y a eu bien sûr d’autres choses mais de moindre importance. Je débute. Ce qui me plaît, c’est la proximité avec les gens. L’Info : Est-ce que cela vous arrive quand même d’arranger les textes à votre sauce ? M. L. : Oui, c’est quelquefois nécessaire. Sans toutefois, comme je l’ai dit précédemment, intervenir à propos du sens du texte. Pour les lettres de militaires, extraites par ailleurs d’un livre intitulé Lettres de poilus, j’ai par exemple censuré certaines choses trop personnelles. Pour la déclamation de textes dits classiques, il m’est arrivé de supprimer des descriptions trop longues sans pour autant nuire ni à l’esprit ni à la mélodie. L’Info : Peu de monde pour entendre les textes dits. Est-ce que cette forme d’expression proche de la tradition orale n’est pas un peu clandestine ? M. L. : Si. Ce genre d’expression sort du cadre habituel, du moins dans nos régions. Les gens sont frileux, peu réceptifs, au départ, à cette traduction de l’écrit. Ils ont des idées préconçues à ce sujet. Ils pensent que cela est ennuyeux. Je remarque que les peu convaincus deviennent de fervents convaincus. Par le biais de cette passion, les gens font la découverte d’auteurs et de textes méconnus. C’est déjà beaucoup. Ils découvrent aussi l’émotion, la vibration que procure l’oral, ce qui n’est pas toujours le cas de l’écrit. L’Info : Avez-vous le désir de faire partager cette passion ? M. L. : Bien entendu. Par le canal d’une asbl, nous avons créé, avec une amie, une troupe d’enfants et d’ados. Je me retrouve seul. J’y travaille des textes courts, des saynètes avec les uns et une pièce avec les autres. C’est une pièce classique revue par un contemporain. Les mamans de ces enfants et ados m’ont demandé de les faire jouer aussi. Ma passion se propage. L’Info : Miguel Lamoline n’est pas un homme qui fait les choses à moitié… M. L. : Non, je n’aimerais pas !

Propos recueillis par C. Leyder.