Après quinze années de patience et de laborieuses investigations, les Elfes, Centre résidentiel pour polyhandicapés adultes, va enfin voir le jour
à Wideumont. Les travaux, avec l’accord des autorités officielles vont en effet pouvoir commencer. Afin de marquer l’évènement, le conseil
d’administration des Elfes a invité un panel de personnalités politiques et autres ce jeudi 14 décembre dernier. Premier coup de pelleteuse donc, avant le début d’une grande aventure. Louis Strepenne, à l’origine du projet, nous raconte avec beaucoup d’émotion ce qui a suscité sa démarche.
Papa de Pierre, un enfant handicapé mort en 1994 à l’âge de 25 ans, Louis Strepenne s’est toujours dépensé corps et âme pour le bien-être de son fils. Présent sur tous les fronts, le couple Strepenne a toujours été de toutes les initiatives. C’est ainsi qu’en 1990, en revenant d’un pèlerinage à Lourdes, Louis Strepenne a eu l’idée de construire un centre d’hébergement pour handicapés. Pour Pierre, son fils unique mais aussi pour d’autres. « Mon but au départ : trouver une solution pour ces personnes une fois les parents disparus » nous dit Louis Strepenne. De la pensée à la réalisation, il n’y avait qu’un pas. Louis Strepenne l’a très vite franchi. Très rapidement donc, la machine s’est mise en marche. Beaucoup de wagons derrière la locomotive. Un grand nombre de parents d’enfants handicapés sensibilisés par ce problème ont effet répondu « présent »pour le projet.
La mise en route
Louis Strepenne, encore tout habité par les premiers moments d’existence de son projet, nous en a confié les différentes étapes successives : « Il a d’abord fallu constituer l’asbl puis grouper un certain nombre de personnes pour composer un conseil d’administration : parents, amis, sympathisants.
L’asbl a été constituée en mars 1991. Ensuite, nous informer de ce qui existait déjà, analyser différentes formules et concrètement visiter des établissements en place pour en connaître le fonctionnement. Nous devions aussi savoir où introduire les demandes, comment le faire. L’ Administration, nous confie Louis Strepenne, est très lourde et fastidieuse. Difficile de contacter les bonnes personnes et frapper à la bonne porte. Nous avons commencé à travailler avec le F.N.R.S.H (Fonds national de reclassement social des handicapés) aujourd’hui appelé l’AWIPH (Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées) et les politiques de l’époque. Nous avons eu un premier accord de principe en 1995, du ministre Taminiaux. En 1998, nous avons obtenu le permis de bâtir. Entre 1998 et 1999, période de transition. ça n’avance plus. Le ministre émet quand même la volonté d’aboutir. Mais tout se complique… »
Nombreuses tribulations
Le projet stagne jusqu’en 200… Car, poursuit Louis Strepenne, « un accord de principe ou la volonté de… ne suffisent pas !
Dany Ledent, député permanent, prend alors les choses en main. Ce dernier, en effet, « porte le dossier » devant les instances décisionnelles (AWIPH et Région wallonne) afin d’aboutir à une subsidiation de l’infrastructure et surtout à des subsides de fonctionnement importants et récurrents. Nous avons ensemble rencontré plusieurs fois, les personnes compétentes.
Suite à toutes ces tractations, Les Elfes obtiennent, le 19 juin 2006, un subside de 655 161,44 euros de l’AWIPH pour la construction de 15 lits. L’asbl en veut 28. Il leur faut encore batailler. Entre-temps, nous dit Louis Strepenne que rien n’effraie, un autre problème a surgi : la date du permis de bâtir est venue à échéance. Il faut réentamer la procédure. La nouvelle enquête de commodo et incommodo a lieu en avril 2006. Nous obtenons le nouveau permis de bâtir le 15 juin 2006. La condition : commencer les travaux avant le 20 décembre 2006. C’est chose faite. Autre écueil : il nous manque de l’argent. Bien sûr nous avons établi un partenariat avec la Province (200 000 euros sous forme de subvention ou aide en capital intégré dans le budget qui sera voté sous peu !), nous avons obtenu 118 000 euros de la Loterie nationale, 3 000 euros du pendant féminin du Rotary Club, les Inner Wheel, 1 500 euros de la Table Ronde, nous avons recueilli 5 000 euros avec nos prospectus, nous avons introduit un dossier auprès de Cap 48, nous avons introduit également une demande chez Proximus mais tout cela, si vous faites le compte, ne nous mène pas encore à la somme de 2 550 000 euros, nécessaire à l’aboutissement du projet. Nous cherchons… et nous trouverons » conclut Louis Strepenne plus décidé et que jamais.
L’aspect pédagogique
Par le biais de leurs multiples investigations, Louis Strepenne et son conseil d’administration ont rencontré quantité de gens extraordinaires. Ils ont eu notamment un très bon accueil à l’asbl Les Coccinelles de Seraing, l’établissement pour adultes à mobilité réduite sur lequel ils ont calqué la grille de leur projet. Afin de mener à bien la partie pédagogique, une personne compétente devait être requise. C’est à Mme Maryse Dufey, graduée- licenciée du travail social, que la tâche a été confiée. Elle accepte de participer au projet à condition d’y être bénévole. « La grande ligne de l’aspect pédagogique est le bien-être de la personne handicapée par le maintien des acquis et le développement des compétences » nous dit-elle. « Le but ici n’est pas d’innover mais de fonctionner avec les spécificités de chacun, handicapé ou membre de l’équipe. Chacun apportera, à sa manière, son grain de sel.
Tout ce qui est toile de fond, à savoir la partie socioéducative, les conditions matérielles d’accueil et autres étant bien évidemment conformes à ce qui est demandé en la matière.
Mme Dufey n’a pas manqué non plus de souligner l’importance de l’implantation « verte » du Centre résidentiel Les Elfes. « La nature, ajoute-t-elle, donne naissance à des personnes différentes ».
Un beau programme en perspective…
C. Leyder
L'essentiel à retenir :
Début de la construction du Centre résidentiel Les Elfes le jeudi 14 décembre dernier. 10 des 28 lits disponibles sont déjà réservés pour des personnes handicapées de la région.
Le Centre devrait être opérationnel fin 2008.