Fin 2004, le Parc naturel Haute-Sûre Forêt d’Anlier introduisait un ambitieux dossier de candidature au financement Life Nature ayant pour objectif la restauration des habitats de la loutre. Début 2006, la bonne nouvelle tombait : un jury d’experts européens classait ce projet 31e sur 183 dossiers introduits. Le projet « Loutre » pouvait se concrétiser.
De quelques milliers au xixe siècle à quelques dizaines aujourd’hui… une histoire d’hommes…
Jusqu’au début du xxe siècle, la loutre était bien répandue dans la quasi-totalité de l’Europe, et notamment en Belgique où l’espèce était présente sur l’ensemble du territoire. Mais la valeur marchande de sa fourrure et sa mauvaise réputation de prédateur concurrent de la pêche ont conduit à une traque inlassable de l’espèce jusqu’au début des années 70, amenuisant sévèrement les effectifs de population.
Malgré le statut de protection intégrale qui lui a été conféré en 1979, la loutre a continué son déclin rapide dans toutes les régions d’Europe. La destruction et la dégradation des habitats, la pollution des cours d’eau, le dérangement, la mortalité accidentelle et l’isolement des populations ont ainsi pris la relève : nouveau cortège de menaces atteignant l’espèce de façon toujours plus insidieuse.
En Belgique, on ne compte désormais plus que quelques dizaines d’individus éparpillés sur les réseaux hydrographiques de l’Ourthe, de l’Our, de la Lesse, de la Semois et de la Sûre.
Aujourd’hui, grâce aux nombreux efforts menés en Europe en matière de qualité de l’eau, de ressources piscicoles et de sécurité, la loutre semble entamer un mouvement de recolonisation naturelle depuis le Massif central vers le nord-est et depuis l’ex-Allemagne de l’Est vers le sud-ouest.
Un petit trait d’union pour un grand pas… La Belgique comme le Luxembourg vont dès lors être amenés à jouer un rôle essentiel dans le maintien de l’espèce à l’échelle européenne puisqu’ils constituent l’une des mailles du réseau écologique qui permettra, à terme, la mise en connexion des populations en expansion au nord et au sud de l’Europe.
Sur la base de ce constat, le Parc Naturel Haute-Sûre Forêt d’Anlier
a mis sur pied un vaste projet
transfrontalier (soit un territoire de près de 250 000 ha) visant à enrayer le processus de disparition des dernières populations de loutres en Belgique et au grand-duché de Luxembourg. Le LIFE « Restauration des Habitats de la Loutre » est ainsi né associant autour de lui les Parcs Naturels Haute-Sûre Forêt d’Anlier, des Deux Ourthes, Hautes-Fagnes Eifel, de l’Our (GDL), de la Sûre (GDL) ainsi que le centre de recherche public Gabriel Lippmann (GDL).
Actions ! Dans un premier temps, l’équipe du projet « Life Loutre » s’attellera à inventorier, pour tout le périmètre du projet, les menaces pour l’espèce : pollution de l’eau par des effluents domestiques, agricoles ou industriels ; dégradation des berges ; banalisation de la végétation rivulaire ; ouvrages hydrauliques à risques… Par ailleurs, les zones où l’habitat peut être considéré comme favorable ainsi que les signes de présence de l’espèce sur les différents cours d’eau seront identifiés et cartographiés dans le courant de l’année.
Sur la base de ces inventaires, des programmes d’actions pourront être élaborés et mis en œuvre afin d’améliorer la qualité de l’eau, d’assurer un suivi continu des effectifs, d’augmenter les possibilités de contact entre les populations européennes, de lever les obstacles à la circulation de l’espèce et de restaurer les habitats qui lui sont favorables.
Au cours des deux prochaines années, chaque parc naturel travaillera donc à protéger les berges et reconstituer les forêts rivulaires (forêt en bordure de cours d’eau), à convertir les fonds de vallées enrésinés, à restaurer des abris diurnes et de reproduction de l’espèce, à augmenter la productivité piscicole, à aménager des couloirs de migration entre les bassins versants…
Enfin, tout au long des cinq années du projet, les acteurs de celui-ci veilleront à entretenir périodiquement toutes les structures du réseau écologique mises en place de manière à ancrer au mieux les habitats favorables à l’espèce. En effet, puisque la nature a ses propres rythmes,
il se peut que notre région patiente quelque temps avant de pouvoir accueillir une plus grande densité de population de loutres. Il est par conséquent essentiel que l’effort initié par le projet LIFE en termes de qualité de l’eau et des habitats soit maintenu bien après que les bottes des chargés de mission auront été rangées.
Un grand parapluie
Il reste à dire que si le projet LIFE est entièrement dédié à cette espèce emblématique qu’est la loutre, il n’en reste pas moins que les actions de restauration des milieux naturels et d’amélioration de la qualité de l’environnement profiteront à un grand nombre d’espèces de la faune et de la flore. La loutre peut ainsi être vue comme une « espèce parapluie » protégeant tout un cortège d’espèces rares ou en régression, liées au milieu aquatique et aux zones humides.
De manière indirecte, l’ensemble des actions entreprises profitera aux randonneurs, aux adeptes de la pêche en rivière, ainsi qu’ à tous les amoureux de la nature.
C’est donc tout le patrimoine naturel de notre région qui pourra être préservé au travers de ce projet, permettant d’accroître encore un peu plus l’attrait de notre région pour tous ses visiteurs.
Le projet LIFE Restauration des Habitats de la Loutre est financé à concurrence de 50 % par l’Union européenne – DG Environnement. L’autre moitié du subside est apporté par le Ministère de la Région wallonne – Direction générale des ressources naturelles et de l’environnement (Division de l’Eau et Division de la Nature et des Forêts), le Ministère de l’Environnement (GDL) et le Ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire (GDL).
Hélène Ghiselinck
L'essentiel à retenir :
Le projet Life Restauration des habitats de la loutre financé à 50 % par l’Europe est en cours de concrétisation. Ce beau projet est piloté par le Parc naturel Haute-Sûre Forêt d’Anlier.
Billet d'humeur
Autrefois largement répandue dans notre pays, la loutre a presque totalement disparu de nos rivières à la suite d’une chasse effrénée. Le commerce de sa fourrure a porté une atteinte sérieuse à sa population qui a rapidement décliné dès la fin du xixe siècle. Bien qu’aujourd’hui l’espèce soit protégée, les menaces sur la loutre sont encore sérieuses. La destruction et la disparition de ses habitats aquatiques, la pollution des eaux… affectent toujours gravement la vie de ces animaux.
On ne peut que se réjouir de la mise en œuvre d’un projet visant à favoriser les populations de loutres. Comme pour le projet Life Moule perlière, ces initiatives de grande envergure doivent être applaudies car elles contribuent à prendre conscience de l’importance vitale de restaurer la qualité de nos cours d’eau.
Olivier Weyrich