« Je suis de mon enfance comme d’un pays », disait Saint-Exupéry.
Et dans ce pays de mon enfance, il y avait des tracteurs. Oranges ou rouges, le plus souvent. Verts ou bleus, parfois.
Et ce n’étaient pas les premiers – même si je commence à me souvenir de loin, si je ne suis pas un perdreau de l’année – mais ils nous attiraient, ils nous séduisaient, ils nous émerveillaient, nous les garçons. Les gamins des champs. Les champis.
Ceux de la ville avaient les camions des pompiers ; nous, c’étaient les tracteurs. Eux, c’étaient le pin-pon et la vitesse, mélange à la fois fascinant et inquiétant, puisque les pompiers ne sortent qu’en cas de malheur ; nous, c’était le trac-trac-trac calme et continu du tracteur. Sa force tranquille. Son activité paisible. Lourde et lente.
Et cette douceur de la douce campagne de France comme de celle de Belgique, cette douceur du cher pays de notre enfance, elle émane souvent des pages de ce livre Les tracteurs de notre enfance, paru aux éditions Terres Bleues. Mais le livre ne joue pas que sur la corde sensible de la nostalgie. Il instruit aussi. Il raconte l’histoire de la mécanisation du monde rural ; les deux grandes guerres du xxe siècle qui ont précipité cette mécanisation. Et tout a changé : la vie, les hommes, les paysages…
Il nous en apprend de belles, itou. Entre autres que la grande figure de l’écologie politique, figure marquante, figure de référence, figure tutélaire qu’est René Dumont, a été pour beaucoup dans la mécanisation lourde d’après-guerre.
Il fallait réagir vite. Tout était à reconstruire. Dans les villes comme dans les champs.
Et le cheval s’est changé en vapeur. Est devenu tracteur.
Et le paysan, agriculteur.
Les tracteurs de notre enfance,
éd. Terres Bleues.
Couverture cartonnée, 24 x 29cm, 144 pages, 28 euros.