A l'époque des grandes "buées"

La lessive… c’est simple comme la poudre et facile comme de pousser sur un interrupteur ! Adieu baquets et briques de Marseille, mains gercées et maux de dos.  
Les magasins sont remplis de produits extraordinaires et de machines ingénieuses.  Et l’eau, qui pense à l’eau ?

 

À l’époque des grandes «buées»
 
À l’époque des grandes «buées»
 
À l’époque des grandes «buées»
 
 L’eau chargée de détergents est-elle facile à traiter ? Les vieilles méthodes étaient-elles meilleures qu’aujourd’hui ? Le temps où le linge trempait la nuit n’est plus et les lessiveuses sont au musée, mais le passé ne pourrait-il pas nous enseigner un meilleur usage des détergents ?
Si le produit idéal n’existe pas encore, on sait déjà que pour une propreté du linge respectueuse de l’eau, il faudra adapter les programmes des machines et… réinventer la poudre car les exigences en matière d’environnement sont de plus en plus sévères. 
 

 

Rien n’est plus embarrassant qu’un rayon de supermarché rempli d’une multitude de produits pour la lessive. Les marques se bousculent, il y a des grands et des petits cartons, de la poudre et des lessives liquides ! Sans parler des tablettes et des formules concentrées, des savons râpés et des blanchissants. Et pour corser le choix, il y a des produits écologiques plus verts que verts ! Alors, avec ou sans phosphate, votre lessive ?
Du temps de nos grands-mères, on ne se posait pas tant de questions. On avait une sorte de savon qu’on râpait dans l’eau chaude pour nettoyer la vaisselle ou les sols, frotter le linge et laver les enfants ! On était déjà bien contents d’en avoir… du savon.  Quand on n’en avait pas, on le fabriquait avec des graisses animales et de la soude caustique.
Posons notre problème et essayons de le résoudre clairement. 

Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est un produit pour laver le linge. Une substance qui, en une heure trente, enlève toutes les taches, préserve les couleurs, donne un blanc éclatant, supprime les odeurs. Et encore, le linge doit être facile à repasser et légèrement parfumé. Nous souhaitons en dernier lieu que l’eau sortant de la machine à laver soit facile à épurer. 
Quand nous sommes face à un lavoir, nous nous disons que, jadis, nos ancêtres arrivaient au résultat que nous souhaitons, mais que cela prenait du temps et que le travail était important.


Savon de Marseille et huile de bras

Pour laver le linge au lavoir, neuf étapes principales sont à respecter.  Après avoir trié les types de pièces à laver, le point de départ est l’essangeage (décrassage) :
on imprègne le linge de savonnée et on le place dans des cuves. Il trempe toute la nuit. 
Au matin du terrible jour de la grande buée, on essore chaque vêtement, chaque drap.
La lessiveuse entre en scène.  C’est un récipient, à double fond, muni d’une buse surplombée d’une sorte de champignon. On dépose les pièces à laver les unes au-dessus des autres dans la cuve posée sur un feu.  On met de l’eau et un produit lavant – par exemple des cendres de bois, celles de chêne sont les plus prisées.  L’eau chauffe et monte par la buse.  Elle arrose le linge grâce au « champignon » et traverse les tissus. 
Le linge décrassé, il faut le savonner avec du savon de Marseille et une bonne brosse.
Pour extraire la saleté, des coups de battoir !
Un rinçage en eau tiède permet d’éliminer le savon chargé de graisses et autres impuretés.
On peut mettre le linge dans des mannes d’osier et le conduire au lavoir à l’aide d’une bonne brouette pour le rincer à l’eau claire… abondamment ! Pour cette étape, il faut réserver sa place et ne pas oublier de mettre un tissu maintenu avec des cailloux dans le fond du bac pour éviter que les algues verdissent le linge. Un dernier essorage en force et il ne reste plus qu’à étendre les pantalons sur les haies.  Les draps sont mis sur l’herbe et arrosés régulièrement pour être blanchis.
Un bon amidonnage et un coup de fer à repasser ! L’épreuve est finie. Mais aujourd’hui, si on faisait subir ce traitement à nos chemises modernes, après une dizaine de lessives, il ne resterait plus que les boutons !

B. Herry