La nouvelle création du Théâtre des Moulins fait la part belle à une pièce intelligente, enlevée et pétrie d’humanisme d’Éric-Emmanuel Schmitt, mise en scène par Christian Kellen.
La nuit de Valognes est la première pièce de théâtre écrite par Éric-Emmanuel Schmitt à l’âge de 28 ans. Elle présente une image originale et moderne d’un des plus grands mythes de la littérature européenne : Don Juan.
Dans la campagne normande, au la château de Valognes, cinq anciennes amantes du séducteur Don Juan veulent instruire son procès pour le forcer à épouser Angélique, la dernière demoiselle qu’il a séduite et à lui rester fidèle. Au grand dam de ces dames, Don Juan accepte. Le procès n’a plus de raison d’être. Prises à contre-pied, les juges en robe refusent d’être trompées une nouvelle fois et vont chercher à connaître les mobiles du renégat. Sganarelle, fidèle valet du séducteur, lève un coin du voile sur la question. Depuis plusieurs mois, il n’a plus inscrit, dans son fameux carnet, un seul nom au tableau de chasse de son maître. Don Juan n’est plus que l’ombre de lui-même. Voilà de quoi relancer le procès : Don Juan est accusé de n’être plus Don Juan. Pour quelle raison secrète ce libertin dans l’âme accepte-t-il de donner à la jeune Angélique ce qu’il refuse à toutes ses autres conquêtes ?
Le mythe revisité
Avec un regard aigu sur les comportements humains, l’auteur fait le portrait d’un homme et de femmes qui ne sont plus des personnages de théâtre, mais des êtres humains, envahis par le doute, la rancœur, le désir d’une vie autre que celle qu’ils vivent. Des personnes pour qui l’image, la façon d’être, la représentation ont plus d’importance que l’être lui-même parce qu’ils ont alors l’impression de posséder quelque chose, une part de gloire, une vie plus excitante, une place au sein de la société. Un mythe revisité également par un choix de mise en scène mélangeant deux médias (théâtre et projection de photos sur écran) qui se renvoient l’un à l’autre, le roman-photo aux couleurs noires et blanches évoquant les souvenirs du jeune Don Juan. C’est une des particularités de ce spectacle qui se définit aussi par une distribution uniquement féminine sur scène. Ce qui réservera quelques surprises aux spectateurs et confirmera la portée universelle et intemporelle de ce mythe revisité.
Un nouveau défi pour le Théâtre des Moulins.
P. Dabe
Les dates des représentations :le samedi 24 mars à 20 h et le dimanche 25 mars à 16 h.
Réservations conseillées
au 061 27 72 24.