Après presque trente ans de bénévolat et de présidence du club de Vaux-sur-Sûre, Charles Denis a décidé de remettre sa démission. Ras-le-bol de la chasse aux sponsors et des joueurs trop gourmands…
S’il est une figure marquante dans le club de football de l’Etoile Sportive Vaux-sur-Sûre, c’est sans conteste celle de Charles Denis. Joueur, membre du comité, puis président, il est au cœur de la vie des Rouge et Jaune depuis une trentaine d’années. Cependant, il y a peu, le boucher de Vaux a décidé de remettre sa démission.
« Je n’avais pas le temps pour encore partir seul à la chasse aux sponsors, explique-t-il. De plus, je suis fatigué de devoir partir en quête de quatorze nouveaux joueurs tous les ans, d’autant qu’ils sont de plus en plus gourmands. Ils sont toujours gentils quand on leur donne du pognon, mais quand c’est pour parler de la prolongation du contrat et de réduire quelque peu leurs émoluments, le ton change tout de suite. Ils ne se rendent pas compte qu’ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Il faut constater que les rentrées sont moindres dans les clubs ; il y a moins de monde aux matchs et par conséquent le bar tourne moins bien aussi. Il ne faut pas généraliser la mentalité de tous les joueurs, mais beaucoup sont dans ce genre. »
Charles Denis est entré au comité de Vaux-sur-Sûre à l’âge de 26 ans alors qu’il était encore joueur – carrière qu’il terminera à 38 ans lors d’un match à Saint-Hubert. À cette époque, il avait déjà endossé une autre vareuse, celle de président. « Si tout le monde investit autant de temps que moi dans le football, cela devrait tourner dans les clubs, souligne-t-il encore. On avait un bon groupe de comitards. On a fait de l’excellent travail pour passer de la troisième provinciale à l’élite luxembourgeoise. On possède à présent un troisième terrain, l’éclairage, de nouvelles installations et une commission des jeunes qui tourne déjà bien, mais qui pourrait encore approfondir son travail. Au début, nous étions jeunes et dynamiques et nous y avons consacré pas mal de temps. J’ai fait passer le foot avant bien d’autres choses et notamment des rendez-vous de famille. J’en ai assez. » Le président démissionnaire se rappellera quelques bons souvenirs comme les différents titres et les deux finales de coupe provinciale. « Je garde de nombreux amis dans le monde du foot, précise M. Denis. Je me suis toujours bien entendu avec tout le monde. Il n’y a jamais eu d’animosité. » Il se souvient aussi de quelques moments difficiles comme le décès de Laurent Vieuxtemps. « À ce moment, les joueurs ont fait bloc pour se surpasser. Il y avait une grosse détermination sous les ordres de Freddy Laurent. »
La goutte qui a fait déborder le vase est la préparation de la prochaine saison. Au vu des récessions financières, il avait été décidé de réduire la paie des joueurs. Cependant, dès la première discussion, le joueur a demandé une augmentation, arguant qu’un club lui proposait le double. Si cela continue comme cela, il y aura de la casse dans les clubs. Beaucoup se mettent dans le rouge et même en P3. Les joueurs sont de plus en plus exigeants. Certains se croient déjà des vedettes, mais sont surpayés par rapport à leur réelle qualité. Il y a des joueurs de ce type à Vaux-sur-Sûre, lance-t-il encore.
On ne retrouvera pas Charles Denis dans les prochains jours au bord des terrains. Il veut d’abord digérer son choix et a envie de se lancer dans de nouveaux projets personnels. Il considère que le club des Étoilés peut compter sur des comitards compétents pour poursuivre le travail. « En espérant qu’ils ne se fassent pas prendre par la spirale de la surenchère », conclut-il.
Thierry Lefèvre