Neufchâteau reçoit Wilfried Martens

 

Wilfried Martens
 

L’association « Vitalité » a réussi ce tour de force de rassembler Wilfried Martens, Vincent Dujardin et  Pierre Stéphany en table ronde le samedi 21 avril à 20 heures au Centre du Lac de Neufchâteau.

 

Ceux-ci débattront autour du thème « Baudouin, entre la Belgique et l’Europe ». Cette soirée sera animée par Sonia Boulanger, journaliste à VivaCité (RTBF).
Pierre Stéphany a soixante ans de journalisme derrière lui.  Il s’est fait connaître, notamment, en couvrant pendant près de vingt ans, pour La Libre Belgique, l’actualité de l’audiovisuel. L’histoire de la vie quotidienne est le thème de plusieurs de ses livres : sur l’entre-deux-guerres, les années 50, la Régence, l’occupation allemande.
Vincent Dujardin est professeur d’histoire contemporaine à l’Université catholique de Louvain, professeur invité aux FUCAM et à l’Université Jagelonne de Cracovie, et chercheur qualifié du FNRS. Il a récemment publié Pierre Harmel, une biographie (2004), codirigé Léopold III ainsi qu’une Nouvelle histoire de Belgique en neuf volumes (2005-2007).
L’info les a rencontrés…

L’info : Votre dernier ouvrage Les années 60 en Belgique, paru aux Éditions Racine en 2006, est, au fond, un ensemble d’anecdotes glanées au quotidien ?
Pierre Stéphany : Ce que je raconte, c’est, à travers les anecdotes et les exemples familiers mais concrets et significatifs, une période qui pourrait bien être une des plus importantes de l’histoire de l’humanité.  Dans les années 50, on croyait que tout repartait comme avant 40.  Dans les années 60, on s’aperçoit qu’on est en route pour l’an 2000.  C’est ce que j’essaye de montrer, tout en décrivant la vie quotidienne, en soulignant les mutations techniques, sociales, morales, culturelles, qui émergent pendant cette décennie.
L’info : Il a fallu vraisemblablement du temps pour que les Belges apprécient le roi Baudouin, et c’est à sa mort que l’on a surtout pu se rendre compte de l’attachement qu’éprouvaient les Belges à leur roi.  Avaient-ils perdu un père ?
P.S : C’est à un véritable phénomène que l’on a assisté en 1993. Les files s’étendaient jusqu’à la Place Royale, il fallait des heures d’attente avant d’accéder au palais. Cette extraordinaire poussée de vénération a évidemment un sens : le souvenir des épreuves vécues par le Roi, sans doute ; sans doute aussi une sorte de mouvement de compensation vis-à-vis du désintérêt dont souffrent la vie et le monde politique, une espèce de protestation, sinon un cri de désespoir, devant le spectacle du pays en train de partir en morceaux.
L’info : L’évolution de la Belgique est-elle liée aux différents traits de caractère et de personnalité des rois ?
Vincent Dujardin : Entre Baudouin et Albert,  il n’y a pas de césure sur le fond, mais bien sur la forme, c’est-à-dire le style. Le rapport aux médias a aussi fortement changé, notamment au gré des mariages et des naissances. Les soucis rencontrés depuis deux ou trois ans pourraient peut-être conduire à repenser la relation des membres de la famille royale avec la presse. Même s’il y a des précédents depuis Léopold Ier, il n’était pas de coutume de voir publiées des interviews comme celles qui l’ont été dans Het Laatste Nieuws. Au-delà des problèmes de déontologie qu’elles soulevaient, dans la mesure où elles était jetées en pâture au public sans recoupement – alors que Le Soir était parvenu en seulement quelques heures à obtenir des informations qui visaient à démentir plusieurs assertions et non des moindres – la très grande présence médiatique de membres de la famille royale peut favoriser ces dérives qui font d’ailleurs aussi débat en Grande-Bretagne (cf. le Times en janvier dernier). Là se trouve évidemment la quadrature du cercle. Pour avoir une assise populaire, la famille royale doit s’exposer aux médias. C’est donc une question de ton juste à trouver. Sans retomber dans les travers du début des années 1951-1958, soit les débuts du règne de Baudouin, et le dommageable manque de communication du Palais à ce moment, une « monégasquisation » de la famille royale belge peut lui revenir en boomerang. Je partage pour ma part l’avis de ceux qui estiment que le Palais porte aussi, de ce fait, une certaine responsabilité face aux difficultés rencontrées par la famille royale ces dernières années
L’Info : Par rapport à l’Europe qui se forme et évolue, quel rôle pour la monarchie et comment doit-elle se situer ?
V.D : Le roi Baudouin a confié un jour à un de ses collaborateurs qu’à ses yeux, le jour où l’Europe serait devenue fédérale, avec un seul gouvernement, le rôle de la monarchie belge serait achevé…

Savina de Jamblinne