Marie-Marthe Hauferlin est conservatrice et restauratrice de tableaux
et autres œuvres peintes. Un métier rare à découvrir à nos portes.
J ournée pluvieuse sur Bernimont. Un sale crachin de 14 février à démoraliser le plus transi des amoureux. Et puis l’opportunité de rencontrer un visage découvert lors d’une émission de télé locale consacrée aux artistes et artisans régionaux. Dès la porte du minuscule atelier de Marie-Marthe franchie, on ne regrette pas d’avoir affronté les intempéries. Un havre de silence, de chaleur et de paix propice à la méditation s’ouvre devant vous. Des tableaux partout. Accrochés aux murs, posés à même le sol ou déposés sur le chevalet de l’artiste. Un substantif plus qu’adapté à l’œuvre et au travail de conservatrice-restauratrice de Marie-Marthe. On reste bouche bée devant une telle maîtrise technique, une telle précision, une telle passion dévorante et communicatrice que les flots d’explications sortis de la bouche de la maîtresse des lieux décrivent à merveille. Des œuvres de toutes provenances et de toutes époques se succèdent. Motifs principalement religieux mais aussi profanes. Portraits de saints et figures religieuses, natures mortes, paysages. Du figuratif maîtrisé à l’extrême. L’art de se fondre dans un tableau pour en traduire la quintessence. Un acte de conservation et de restauration digne d’un acte d’amour.
Du savoir-faire…
Après avoir suivi des études secondaires en transition option artistique à Bastogne et un enseignement de type court durant trois ans, à Saint-Luc à Liège en orientation « conservation objets d’art », Marie-Marthe a peaufiné sa formation « théorique » en la confrontant avec la pratique d’un atelier spécialisé installé à Ohain. Soyons terre à terre. Derrière ces œuvres se cachent des heures de sueur, de tensions, de recherches documentaires, d’obstination nécessaires à la réalisation du miracle. À l’heure de l’internet, la conservatrice peut effectuer des recherches rapides et efficaces sur une œuvre ou un peintre notamment sur le site de L’IRPA (Institut royal du Patrimoine de Belgique) riche d’une photothèque reprenant un répertoire des œuvres par canton et par église.
Sans entrer dans une approche trop technique de cette profession, il est bon de préciser que deux grandes règles de base structurent la complexité de ce travail. En premier lieu, la réversibilité. Chaque intervention doit être réversible par rapport à l’œuvre, ce qui entraîne l’utilisation de matériaux stables et adaptés (vernis, pigments). Les couleurs et les vernis à retoucher peuvent être composés par le restaurateur lui-même, ou bien achetés déjà préparés. L’autre règle incontournable est la compatibilité des matériaux afin d’éviter toutes détériorations.
Il est ici nécessaire de distinguer le travail du conservateur de celui du restaurateur.
Il existe deux types de conservation. La conservation préventive désigne tout contrôle de l’environnement pour une meilleure sauvegarde de l’ œuvre. L’humidité, la température et la lumière sont les trois facteurs d’influence dans la résistance de l’ œuvre à travers le temps.
La conservation curative s’identifie lorsque le conservateur intervient directement sur l’objet d’art. Cette étape, très importante, est nécessaire à la survie du patrimoine. Lorsque l’intervention n’est pas efficace au plus vite, les lacunes s’amplifient alors vers une destruction totale de l’ œuvre. Enfin la restauration désigne, quant à elle, toutes les opérations qui tentent de parfaire la lecture de l’œuvre endommagée en y intégrant au besoin une reconstitution des parties manquantes. Elle influence l’aspect esthétique en vue d’une meilleure lisibilité. Les étapes de la restauration sont nombreuses et trop élaborées pour pouvoir les expliciter dans cet article. Il est à noter que Marie-Marthe travaille uniquement la peinture de chevalet sur des supports aussi divers que la toile, le cuivre, le bois ou le papier marouflé. Le talent de Marie-Marthe a notamment été salué dans le troisième tome du Dictionnaire Piron des artistes plasticiens de Belgique des xix et xxe siècles paru en 2006 où sa maîtrise des techniques de la peinture à l’huile et son habileté à copier les grands maîtres ont été soulignées.
Au savoir-être…
On sent que, pour Marie-Marthe, la passion de peindre est une philosophie de vie. Elle fait partie intégrante d’une vision artistique quasi mystique de son existence. L’exigence de cette profession requiert un investissement total. À 26 ans, elle réalise le rêve de vivre de sa passion. Et les projets se bousculent à tel point qu’ils ne lui laissent plus le temps de produire ses propres œuvres. Elle travaille actuellement sur la restauration d’un ensemble d’ œuvres (panneaux, autels latéraux…) de l’église de Halanzy ; sur le chemin de croix et le maître-autel de l’église de Heure et sur des commandes pour particuliers (croquis, portraits de familles…).
Nul doute que nous reviendrons dans ces colonnes, au gré d’une exposition ou d’une conférence, sur le remarquable travail de cette artiste d’exception dont la discrétion et la disponibilité sont proportionnelles à la richesse de son talent.